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 Un enfant à aimer {Terminée}

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RevesBS



Age : 29
Date d'inscription : 07/11/2008

MessageSujet: Un enfant à aimer {Terminée}   Sam 27 Mar - 18:11

Je me suis décidée à me lancer dans l'écriture, en espérant que vous aimerez. L'histoire n'a rien à voir avec l'intrigue du moment.

Un enfant à aimer

Boher n'aimait pas le printemps, en particulier le mois de mai qui annonçait les premières chaleurs. Dire que les voitures de police n'étaient toujours pas équipées de la climatisation! Vu le budget restreint de la ville, la décision ne serait sûrement encore pas prise cette année. Ni probablement dans celles à venir...
Le week-end prochain, sa grand-mère voudrait faire ses plantations pour l'été. Autrement dit, des fleurs devant la maison, un ou deux parterres, des pots à remplir et à déplacer au moins une dizaine de fois avant qu'elle soit satisfaite. Quand à l'arrière, dans son vaste potager, elle exigerait des rangs de petits pois, de haricots, de carottes et de pommes de terre. Sans parler de l'entretien des allées, de l'arrosage, et peut-être même d'une nouvelle couche de peinture sur les volets.
Et pour rien au monde elle n'admettrait qu'elle n'était plus assez dynamique pour faire cela toute seule à quatre-vingt-un-ans!
Non, Boher n'aimait vraiment pas le printemps. Il n'appréciait pas le spectacle des rivières en dégel, ni la fonte des neiges, ni les arbres en fleurs, ni les délicates nuances de vert. A mesure que l'hiver s'éloignait, que les jours s'allongeaient et se réchauffaient, il devenait de plus en plus morose. C'était de mauvaise augure pour les délinquants.
On était le 21 mai, et il faisait une chaleur exceptionnelle pour cette ville où il avait grandit. D'autant plus qu'il se trouvait dans la voiture de son frère Jacques, toute noire, avec des sièges en cuir noir et un volant noir. Idéalement conçue pour capter et retenir la chaleur.
Ce matin, Boher s'était garé à l'ombre d'un gros érable, mais le soleil avait tourné depuis longtemps. Il devait faire au moins quarante degrés dans le véhicule. S'il était un chiens, se dit-il avec ironie, la SPA l'aurait secouru depuis belle lurette. Il regarda avec convoitise la neige qui couronnait toujours les sommets des montagnes, au loin.
Afin d'effectuer une petite surveillance, il avait emprunté la voiture de son frère, car la police de la ville ne possédait pas de voiture banalisée. Il n'aurait d'ailleurs servit à rien d'en acquérir une. Au bout de quelques jours, tout le monde aurait su à qui elle appartenait et lui aurait gaiement fait signe, quels que soient ses efforts pour passer inaperçu.
Hormis le problème de la chaleur, cette voiture était parfaite. Vieille, sale, cabossé, elle ne détonnait absolument pas parmi les autres véhicules garés dans ce quartier.
Il ne comptait plus le nombre de surveillance qu'il y avait fait. C'était ici qu'il avait effectué sa première arrestation plusieurs années plus tôt. Il avait tellement de souvenir dans cette ville et ils lui paraissaient tellement loin...Avant Marseille, ses quartiers nord, le Mistral.
Avant Samia.
Il fronça les sourcils. Il s'était promis de ne pas penser à elle aujourd'hui. C'était le problème des surveillances en général, se dit-il en soupirant. On avait trop de temps à tuer et, par conséquent, trop tendance à réfléchir.
Y avait-il vraiment un dealer dans cette vieille maison? Se demanda-il, non sans impatience. L'appel anonyme pouvait parfaitement émaner d'un voisin malade ou malfaisant...
Jusqu'ici, il n'avait rien remarqué d'anormal. Certes les indices ne manquaient pas. La maison et le jardin présentaient un aspect négligé, une pile de journaux traînait sur les marches; la fenêtre principale était condamné. La clôture, par contre, avait été réparée récemment et un chien-loup grondait au bout d'une chaîne.
Suspect, peut-être, mais pas suffisant pour obtenir un mandat de perquisition...
Son téléphone vibra dans la poche intérieur de sa veste. Il avait coupé le signal pour ne pas se faire remarquer et demandé à Cathy, l'une de ses collègues qui occupait aujourd'hui l'accueil du commissariat, de ne l'appeler qu'en cas d'urgence. Il fronça les sourcils. Pour Cathy, le terme « urgence » n'avait pas la même signification que pour lui. Sans doute le chien de Monsieur Martin s'était-il échappé une fois de plus. A moins que l'on ait encore dérobé quelques fruits dans le jardin de Madame Wagner...
Il choisit de faire la sourde oreille.
Au bout de quelques minutes, l'appareil vibra de nouveau. Il se résigna. Soit il répondait, soit Cathy continuerait à le harceler.

B: Boher...

Il avait répondu sèchement, tout en regardant une voiture s'engager dans l'allée de la maison qu'il fixait depuis de longues heures.

C: Bonjour Jean-Paul.

La voix toute gaie de Cathy suffit à confirmer ses doutes. De toute évidence, on n'avait pas affaire à un vol à main armée ou à une tentative de suicide.
Boher jeta un coup d'oeil dans son rétroviseur. Deux jeunes hommes sortirent de la voiture et regardèrent négligemment autour d'eux avant de monter les marches du perron. La porte de la maison s'entrouvrit, et ils se glissèrent à l'intérieur.

C: Jean-Paul?
B: Salut...
C: Quelle journée magnifique, n'est-ce pas? Si vous voyez mes fleurs...

Elle continua à bavarder, tandis qu'il gardait les yeux sur le rétroviseur. Les deux hommes ressortaient déjà; trente secondes à peine s'étaient écoulées. En riant le conducteur jeta un paquet au passager, puis démarra et sortit en trombe de l'allée.
Il coupa Cathy.

B: Faites passer un appel radio. Demandez aux patrouilles d'intercepter...

Il lui donna le numéro d'immatriculation ainsi qu'une rapide description de la voiture et des deux automobilistes. Cathy, toujours indignée qu'il puisse y avoir des malfaiteurs dans sa ville, émit un claquement de langue réprobateur et transmit le message radio pendant qu'il attendait.

C: C'est tout, brigadier?
B: C'est vous qui m'avez appelé. Il y a une urgence?
C: Un paquet vous attends à la gare. Il faut que vous vous y rendiez tout de suite. C'est un produit périssable.

Boher soupira. Périssable? Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire? Pourquoi ce paquet l'attendait-il à la gare et non à la Poste? En tout les cas, cela ne semblait pas perturber son interlocutrice.

C: Peut-être qu'un de vos amis vous envoie quelque chose. Et si c'était un homard?

Un homard? Sidéré Boher se demanda comment Cathy avait pu passer directement de « produit perrisable » à « homard ». Pas étonnant qu'il ne comprenne rien à son système de classement!
Il laissa échapper le soupir qu'il retenait, et jeta un coup d'oeil dans le rétroviseur. Un jeune aux cheveux blonds en bataille, un tatouage sur l'avant-bras, sortait du jardin. Le regard soupçonneux qu'il lança en sa direction au passage persuada Boher qu'il était temps de partir.
A présent que son véhicule avait été repéré, il ne pourrait plus s'en servir pour faire le guet. Il allait devoir trouver une autre voiture à emprunter...
Après un dernier regard dans le rétroviseur afin de mémoriser les traits du jeune, il démarra et prit la direction de la gare.

Quelques minutes plus tard, il descendit de son véhicule et s'étira longuement. Il s'interrompit en apercevant la personne qui se trouvait à l'accueil. Marie Meyer. Elle avait toujours eu un faible pour les policiers...Méfiant, il entra dans la gare en se demandant si elle ne l'aurait pas fait venir sous un faux pretexte.
Il prit un air froid et dur et se dirigea vers le guichet.

M: Salut Jean-Paul.

Il répondit par un signe de tête. Sans doute en l'honneur du printemps, Marie portait un débardeur très court qui dévoilait son nombril. C'était une jolie femme, mais Boher ne s'intessait plus aux jolies femmes. Point.

B: Tu as un colis pour moi?

Une lueur amusée dans le regard, la jeune femme indiqua quelque chose derrière lui.
Il se retourna lentement et ne vit rien, hormis un distributeur de sucreries, un tableau d'affichage, et une petite fille assise sur un banc.
Il allait se retourner vers Marie quand la petite fille retint son attention. Elle devait avoir cinq ou six ans et se tenait la tête basse, les épaules affaissées sous les bretelles d'une salopette usagée. Ses cheveux châtain clair étaient rassemblés en une petite queue-de-cheval.

M: Ne la fais pas attendre plus longtemps. Elle a l'air épuisée.

Il tressaillit en lui lança un regard incrédule.

B: Attendre quoi?

Ce fut au tour de la jeune femme de paraître incrédule.

M: Mais toi, voyons! C'est écrit sur sa salopette.

Interdit. Boher reporta son attention sur l'enfant. La petite fille lui lança un regard timide, puis baissa aussitôt les yeux. Des yeux bleus, d'un bleu profond qui lui rappela soudain un étang où le soleil filtrait à travers les arbres, et teintait l'eau d'un bleu si intense, si froid qu'on pouvait s'y perdre.
C'était un endroit où il allait autrefois. Avant.
Il aperçut l'étiquette accrochée sur la salopette au moyen d'une épingle de nourrice. Le carton était à demi retourné, mais l'inscription suffisamment visible pour qu'il comprenne que Marie ne se moquait pas de lui.

Destinataire: Brigadier Jean-Paul Boher, Colmar, Alsace.

Une foule de question se bouscula dans son esprit. Par quel train était-elle arrivée? A quelle heure? Où était son billet?
Devant l'expression de peur et de chagrin des grands yeux bleues de l'enfant et la trace des larmes qui avaient sillonné ses joues, rondes et lisses, en dépit de sa maigreur, il se dit que les questions attendraient.
Il s'approcha lentement de la fillette dont la lèvre inférieure tremblait et s'accroupit devant elle.

B: Hé! Ma puce!

Sa voix lui sembla rude, et les mots sonnèrent à ses propres oreilles comme une langue étrangère.
La petite fille lui lança un regard furtif et se détourna aussitôt. Boher en conclut qu'il n'avait pas dû faire bonne impression. Il essaya une autre approche.

B: Je suis policier. Tu peux me parler tu sais.

Elle leva les yeux de nouveau et l'examina d'un air septique. Manifestement, le bonhomme pas rasé, mal peigné, en chemise et jean douteux ne correspondait pas à l'image qu'elle avait d'un policier.
Il sortit son portefeuille et en retira doucement sa plaque pour la lui montrer.

B: Tu vois? Je te dis la vérité. Tu peux demander à cette dame si tu veux.
M: C'est vrai il dit la vérité.

La petite fille se recroquevilla un peu plus.

B: Ne t'inquiètes pas. Je voudrais juste te demander une ou deux choses.
M: Tu veux dire que tu ne l'attendais pas? Je croyais que c'était ta nièce! Ta sœur à des enfants, non?
B: Oui, mais elle n'en fait pas partie.

Comme s'il venait de la rejeter par ses paroles une larme jaillit du coin de l'œil de la petite fille et roula sur sa joue.

B: Hé! Ce n'est rien. Un malentendu, c'est tout. Ce n'est pas ta faute.

Elle continua à pleurer. Boher tendit la main et lui effleura maladroitement l'épaule pour la réconforter. L'enfant prit une inspiration tremblante et faillit le faire tomber à la renverse en se jetant dans ses bras. L'espace d'une seconde, il resta figé, tandis qu'elle nouait les bras autour de son cou et sanglotait contre sa poitrine.
Lentement, timidement, il l'entoura de ses bras et la tint serrée contre lui. Puis il se leva, l'emportant avec lui. Elle ne pesait pas plus lourd qu'une plume et pleurait en silence. Il avait l'impression de porter un oisillon tombé du nid.

B: Depuis combien de temps est-elle ici?
M: Depuis que j'ai appelé le poste. Depuis ce matin.
B: As-tu dis à Cathy qu'il y avait un enfant ici?
M: Pour l'amour du ciel, je croyais que tu l'attendais. J'essayais d'être drôle quand j'ai dit qu'un colis spécial était arrivé pour toi.

Il réprima une bouffée de colère. Une enfant toute seule poireautait depuis des heures! En sentant la petite fille trembler contre lui, il se dit que le moment était mal choisit pour s'énerver. S'il assénait ses quatre vérités à la jeune femme, l'enfant risquait de prendre peur. Or, il avait besoin qu'elle lui fasse confiance.

B: Bon je vais l'emmener en face pour qu'elle mange quelque chose. Est-ce que tu crois que tu pourrais savoir où elle est montée?

Marie acquiesça.

M: Je pense pouvoir joindre l'un des contrôleur.
B: Bien. Appelle-moi ou le commissariat dès que tu auras quelque chose.

La fillette avait cessé de pleurer et écoutait avec attention. Boher la reposa sur le sol; elle se frotta les yeux.
Il se baissa pour être à sa hauteur.

B: Comment t'appelles-tu?

Silence.

B: Tu as faim?

Elle hocha la tête d'un air solennel. Quant il lui prit la main, elle la serra fort et se cramponna à lui comme s'il venait de lui sauver la vie.

M: Pas étonnant que j'aie pensé qu'elle était de ta famille. Regarde-moi ces yeux!

Il foudroya la jeune femme d'un regard signifiant qu'il savait parfaitement où naissaient les commérages sans fondement qui circulaient dans la ville. Puis il tourna les talons et emmena sa jeune charge au café de l'autre côté de la rue, où il commanda deux steaks frites, un verre de lait et un jus d'orange.

B: J'ai une nièce qui à sept ans. Et toi?

La fillette le regarda d'un air grave, hésita, puis tendit devant elle sa main ouverte.

B: Tu as cinq ans?

Elle fit oui de la tête.

B: Ma nièce s'appelle Sarah. Tu t'appelles comment?

Rien.

B: Le jus d'orange est bon?

Elle hocha vigoureusement la tête.

B: Tu en veux un autre?

Re-hochement enthousiaste.
Boher usa de toutes les ruses qu'il connaissait pour la faire parler. Peine perdue. Évidemment, songea-il, ce qu'on lui avait appris à l'école de police ne mentionnais aucunes techniques d'interrogatoire sur les moins de cinq ans.
Quand elle eut finit de déjeuner, elle resta silencieuse, malgré les efforts héroïques de Boher pour engager la conversation. Bientôt, ses paupières se fermèrent. Quelques secondes plus tard, elle s'endormait.
Il se hâta de la prendre dans ses bras, et fut de nouveau frappé par sa légèreté, sa fragilité. A en juger par les cernes sombres entourant ses yeux, la pâleur de son teint, elle devait être morte de fatigue.
Que faire, à présent?
Il fit le tour du véhicule pour s'installer derrière le volant, rejetant les unes après les autres les solutions auxquelles il pensait.
Soudain, il tourna la clé de contact, sachant d'instinct où il allait, bien qu'il eût été parfaitement incapable d'expliquer pourquoi.Pourquoi l'emmener dans cette maison où il n'était pas retourner depuis des mois?
Elle viendrait ouvrir la porte, gracieuse, courtoise. Respirait-il l'odeur de son parfum? Un parfum de vanille et de soleil...
Il ne l'avait pas vue depuis des semaines. Dans une ville aussi petite, éviter quelqu'un n'était guère facile, surtout lorsque ce quelqu'un exercer le même métier que vous. Mais Boher se connaissait, il connaissait ses faiblesses. Comment pourrait-il lui résister?
Elle était toujours aussi séduisante même de loin. Seul quelqu'un qui la connaissait aussi bien que lui pouvait déceler la tristesse tapie dans ses yeux noisettes. Même de loin.
Il savait que c'était de la folie d'emmener cette petite fille chez Samia, la femme qui était avec lui quand le printemps avait perdu sa magie.
Pour toujours.
En même temps, il savait qu'il ne pouvait l'emmener nulle part ailleurs. Quelque chose l'attirait vers cette maison, vers cette femme...
Ce ne fut qu'une fois devant chez elle, après avoir fermé doucement sa portière pour ne pas réveiller l'enfant, qu'il se sentit tout à coup stupide.
C'était la première fois qu'il s'approchait de la maison, dont toute la vile avait admiré les travaux de restauration. La bâtisse était magnifique, plus belle encore qu'ils ne l'avaient imaginés le jour où ils avaient décidé de l'acheter. En pierre, un porche qui faisait le tour de la maison, égayée par une multitude de pots et de jardinière de fleurs...
Sa grand-mère disait toujours qu'il était risqué de faire ses plantations d'été avant la fin du mois de mai dans cette région. Toutefois, une partie de Samia avait toujours aimé vivre dangereusement.
Le regard de Boher se posa sur une balancelle à coussins installée sous la fenêtre. Il sut immédiatement qu'il n'était pas prêt à revoir Samia, pas prêt du tout.
Il ne pouvait regarder cette balancelle sans se demander si elle venait s'asseoir là au clair de lune, à quoi elle pensait, si elle pensait à lui...Ou si quelqu'un d'autre s'asseyait à ses côtés.
La maison semblait immense pour une seule personne. C'était le genre de demeure faite pour abriter une famille, avec une balançoire dans le jardin et un tricycle sous le porche.
Il ne savait plus ce qu'il faisait là. Une douleur intense lui écrasait le cœur. Il se retourna vers son véhicule, bien décidé à repartir. Trop tard. Il entendit la porte s'ouvrir derrière lui.
Il prit soudain conscience de son aspect et de la voiture qu'il conduisait. Pourquoi ne portait-il pas son uniforme? Pourquoi ne conduisait-il pas une voiture de patrouille? Il aurait pu prétendre venir pour une raison officielle, plutôt que d'offrir le spectacle d'un raté. Il soupira. Jamais il n'avait été capable de réfléchir correctement quand il s'agissait de Samia. A aucun moment.
Il se raidit et se retourna.
Samia se tenait sous le porche, les mains sur la rambarde, et le regardait. Il savait que s'il était possible de remonter quelques années en arrières il referait les mêmes choix, parce qu'elle lui coupait le souffle et faisait battre son cœur plus vite, et ce depuis plusieurs années maintenant.
Il secoua la tête, il ne voulait pas penser à cette jeune stagiaire insouciante, aux yeux lumineux, pleine de vie, qui lui avait fait confiance.
Une confiance dont il s'était montré complètement indigne. Il en était encore indigne, puisqu'au lieu de penser aux paroles qu'ils devaient échanger, il observait ses lèvres.
Couleur pêche. Elles avaient un goût de pêche. Un goût d'été, de promesse et de passion.
Elle portait un débardeur dont la couleur était parfaitement assortit à la couleur de ses yeux.
Comme il plongeait son regard dans le sien, il saisit une bribe de son parfum dans la brise printanière et sentit un courant électrique vibrer entre eux.
C'était ce même courant qui avait poussé une jeune femme d'origine Algérienne dans les bras d'un brigadier au passé peu glorieux.

S: Tu t'es souvenu?

Ses paroles prirent Boher complètement au dépourvu. Souvenu de quoi? Lisait-elle dans son regard le désir de la tenir, de la toucher? De remonter le temps? D'être de nouveau jeune avec elle et tellement amoureux qu'il se sentait invincible?
Ses yeux se portèrent sur la chaîne qu'elle portait autour du cou. Elle scintillait au soleil, et un médaillon se balançait autour. Le cœur de Boher chavira. Il savait quelle image contenait ce bijou.
Il sut alors combien il était indigne de la tendresse qu'il avait sentit dans la voix de Samia, et un frisson lui parcouru le dos.
Il comprit soudain la raison du malaise qui le tourmentait depuis le début du printemps. C'était à cette saison qu'il avait découvert que l'homme qu'il croyait être fort, solide, n'existait que dans ses illusions...


Dernière édition par RevesBS le Lun 19 Avr - 22:28, édité 2 fois
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Elodie54

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Sam 27 Mar - 18:27

J'adore déjà!! prosterne Beaucoup de questions se posent, et j'ai hâte d'en découvrir les réponses.
Vivement la suite!!
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amatxi
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Sam 27 Mar - 19:24

aaaahhhhh!!!!!

vite ! vite ! c'est superbe ....ne nous fais pas trop attendre !
qu'est il arrivé à chouchou?
ils ont perdu un bébé ?..la petite est celle d'Armelle ? vite!....


quand on est aimé on ne doute de rien ,quand on aime on doute de tout.
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Samia Nassri

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Sam 27 Mar - 19:46

Beaucoup de questions en tête, j'attends les réponses.

La suite.
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aphrodite
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Sam 27 Mar - 23:57

un suspens énorme pour cette fic qui a un début très alléchant
je me pose beaucoup de questions, qui est la petite ? quoique j'ai une certaine idée en tête. Pourquoi samia et Boher ne sont plus ensemble ? Qu'est il arrivé ?

la suite


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RevesBS



Age : 29
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 14:08

Merci les filles.

La première pensée de Samia fut: oh! Boher, non! Pas maintenant...Il était trop tard, bien trop tard. Quelquefois, à présent, elle parvenait à dormir toute une nuit sans rêver qu'il l'entourait de ses bras solides et rassurants. A surprendre son sourire qu'elle aimait tant.
Après tout ces mois, elle commençait finalement à reconstruire sa vie. L'homme qu'elle avait rencontré quelques semaines plus tôt était si gentil, si calme...Ce fut seulement en voyant Boher au pied des marches qu'elle se rendit compte que cet homme était totalement à l'opposé de Boher. Par son physique, sa personnalité, son mode de vie.
Boher n'avait pas bonne mine. Mal rasé, ces cheveux blonds en bataille, il portait un jean taché et une chemise trop étroite.
En dépit de tout cela, il restait Boher, et jamais la vue d'un autre homme n'avait provoqué en elle le même assaut de sensations. Sa barbe naissante ne pouvait dissimuler la perfection de ses traits ciselés. Ses pommettes, son nez, son menton volontaire...Tout chez lui suggérait la force physique à l'état brut. Son visage déterminé, ses épaules solides, son torse musclé, ses jambes puissantes.
Samia connaissait le goût de sa peau, le toucher de ses muscles durs sous ses doigts. Le cœur battant à tout rompre, les mains moites, elle sentit une vague de chaleur déferler en elle, en même temps qu'une irrésistible envie de ressaisir ce qu'elle avait perdu, de revenir à cette époque où elle était si heureuse.
Non sans peine, elle s'arracha à ces pensées troublantes. Un second amour valait mieux; plus calme, plus prévisible. Tout lui plaisait chez le Dr Alexis Keller et Jean-Paul Boher n'allait pas tout gâcher par le simple fait qu'il venait se présenter à sa porte.
D'ailleurs, elle s'était trompée sur les raisons de sa présence. Il avait été surpris par ses paroles et elle avait pu lire sur ses traits l'instant précis où il s'était souvenu...
Le noisette de ses yeux s'était brusquement voilé pour céder la place à un regard tourmenté. Ce regard distant, qui lui donnait un air dur et froid, et indiquait qu'il se repliait au plus profond de lui-même, en des lieux où elle ne pouvait pas le suivre.
Encore quelques mois plus tôt, elle croyait que le pouvoir de l'amour pouvait tout surmonter. En venant s'installer ici elle avait cru pouvoir tout avoir: Boher, la passion, l'amour. Une carrière. Des enfants...
En le voyant là, debout au soleil du printemps, devant chez elle, n'avait-elle pas faillit croire de nouveau? L'espace d'une seconde, n'avait-elle pas eu le fugitif espoir que l'amour enfoui en elle depuis si longtemps pouvait revivre?
Or, il n'était pas venu lui dire que, tout comme elle, il se souvenait de ce jour-là, ni pour partager leur souffrance.
Pour peu que Boher eût été capable d'un tel partage, leur couple aurait peut-être pu survivre à cette tragédie. Mais il l'avait quittée. Emotionnellement d'abord; physiquement ensuite. C'était cela qu'elle ne devait pas oublier quand elle plongeait son regard dans ses yeux noisettes qui l'attiraient irrésistiblement.

S: Pourquoi es-tu ici, Jean-Paul?

Il baissa la tête, remua un peu de terre du bout de sa chaussure, puis la regarda de nouveau et passa une main dans ses cheveux, joua avec le col de sa chemise, les yeux ailleurs.
Un souvenir lui revint alors en mémoire. Un souvenir qui lui semblait aujourd'hui si lointain. Son anniversaire. Son premier cadeau. Elle secoua la tête, ne voulant y repenser.

S: Pourquoi es-tu ici, Jean-Paul?
B: Hmm. Je suppose que je me suis trompé.

Sa voix était profonde, sensuelle. Seul, quelqu'un qui le connaissait aussi bien qu'elle, pouvait déceler la douleur qu'elle renfermait.
Il n'était pas venu par hasard, elle le savait, mais il se tournait déjà, la main sur la poignée de son véhicule cabossé.
Soudain, elle entendit un petit bruit qui venait de l'intérieur du véhicule, comme le pépiement d'un oiseau. Aussitôt, Boher ouvrit la portière et se pencha sur la banquette. Quand il se retourna vers elle, Samia vit qu'il tenait un enfant dans ses bras.
C'était une petite fille, toute menue, vêtue d'une salopette usée et d'un chemisier sale. Ses cheveux châtain clair étaient attachés par un élastique et des traces de larmes séchées maculaient ses joues. La tête appuyée contre l'épaule de Boher, elle suçait son pouce avec avidité.

B: Elle a besoin d'un foyer pour quelques temps.

Samia ne comprit pas tout de suite ce qu'il voulait dire. Quand la lumière se fit enfin dans son esprit, une intense colère la submergea. Comment osait-il faire ainsi irruption dans sa vie après tout ce temps de silence? Pas un seul mot n'avait été échangé depuis des semaines. Pas un! Il avait fait en sorte que leur horaires au commissariat soit décalés. Elle l'avait même vu à plusieurs reprises traverser la rue pour éviter de la croiser. Et voilà qu'il arrivait, ce jour, cette date, avec une enfant! Pour lui demander un service! Au moment où elle commençait à remettre de l'ordre dans sa vie...
Elle fut tentée de tourner les talons et de lui claquer la porte au nez. Comment pouvait-il manquer de délicatesse à ce point?
Cependant, la petite fille la regardait. Sous ses cils longs et épais, ses yeux étaient d'un bleu saisissant, à mi-chemin entre un ciel d'orage et la couleur de l'océan. La confusion et la tristesse s'y lisaient. Cette petite fille était seule, abandonnée. Si fragile qu'on aurait pu la briser.
La fureur de Samia se dissipa aussi vite qu'elle était venue. Dire à Boher qu'elle ne pouvait pas recueillir la fillette, en sa présence, aurait été incroyablement cruel. Elle ne pouvait pas ajouter au chagrin qui accablait déjà cette enfant. Si elle la rejetait, cela signifiait qu'elle n'était pas la personne qu'elle croyait être, qu'elle s'était toujours efforcée d'être, qu'elle voulait être.
Boher le savait-il? En était-il conscient quand il avait décidé de lui amener cette petite fille? Samia prit une profonde inspiration et s'efforça de penser clairement.

S: Qui est-elle, Jean-Paul?
B: Nous ne le savons pas encore. Elle est arrivée par le train ce matin, avec mon nom accroché à sa salopette. C'est tout ce que je sais.

Samia sentit un élan de compassion l'envahir, mais se força à rester rationnelle.

S: Pourquoi me l'as-tu amenée? Tu n'as pas pensé aux foyers?
B: Si.

Sa voix ne trahissait aucune émotion, mais ses bras se resserrèrent autour de l'enfant, comme s'il voulait la protéger. Samia comprit ce qu'il taisait: les foyers étaient des endroits tristes et froids. Une enfant vulnérable y serait malheureuse.
Samia sut aussitôt ce qu'elle allait faire. Ce ne pouvait être un hasard, une inconnue arrivait ce jour...Les larmes lui vinrent aux yeux. Il n'y avait que Boher pour lui apporter le cadeau dont elle avait le plus besoin et qu'elle désirait le moins.

S: Entre.

Elle avait adopté un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu mais avait tout de même sourit à la petite fille.
Celle-ci hésita, puis retira son pouce de sa bouche et lui rendit timidement son sourire. Samia jeta un coup d'œil à Boher qui n'avait pas bougé. Manifestement, il ne voulait pas entrer, mais juste lui laisser la fillette et partir. Elle secoua la tête. Pas question de lui permettre de déposer une enfant sur ses marches et de prendre la fuite.
Traversant le porche, elle ouvrit la porte sans se retourner. Au bout de quelques secondes, elle entendit le bruit de ses pas sur les marches et poussa un soupir de soulagement. Il avait cédé.
Elle lui tint la porte et s'effaça pour le laisser entrer. Il sentait le savon et l'après-rasage, et une odeur presque imperceptible de sueur. Une odeur masculine, mystérieuse et attirante.
Il s'arrêta et regarda autour de lui. Samia attendit espérant obtenir son approbation. Elle voulait qu'il remarque le plancher ciré, les tapis, les canapés chaleureux et confortable qui se faisaient face, le rayon de soleil qui illuminait les fleurs posées sur la table du salon.
Ce fut alors qu'elle comprit. Tout le temps passé à terminer la décoration de cette maison, à l'aménager, en se disant que c'était pour elle, tout ce temps elle n'avait cessé de penser à lui.
Cette maison était pour lui.
Un endroit où il aurait envie de rentrer.
Sauf que, bien sûr, il ne lui était pas revenu et ne lui reviendrait jamais.
Elle passa devant lui et entra dans la cuisine. Il la suivit, mais elle l'entendit soudain s'arrêter et se retourna pour voir ce qu'il regardait.
Sur la cheminée se trouvait une photo encadrée les représentant tout les deux, lui l'enserrant de ses bras, leurs mains enlaçaient sur son ventre...
Il se tourna vers elle, la fixant d'un air pensif mais elle ne put soutenir son regard, ne pouvant répondre à ses questions silencieuses.
Elle ouvrit le réfrigérateur, se demandant s'il avait gardé des photos, s'il songeait jamais à cette époque-là.
Leur échec se situait là. Leur chagrin avait pris des directions opposées. Elle s'était tournée vers les autres; il s'était replié sur lui-même, jusqu'au moment où ni l'un ni l'autre n'avait plus su comment franchir l'abîme creusé entre eux.
Leur amour s'était mué en solitude, et il était partit.

S: Veux-tu un verre de lait? Un café? Une limonade?

La petite fille et Boher hochèrent la tête en même temps à la suggestion d'une limonade. L'enfant regardait autour d'elle avec l'expression émerveillé que Samia avait espéré lire sur le visage de son ex-compagnon.
Elle avait aménagé cette pièce elle-même, pour en faire un lieu à la fois intime et chaleureux. Conçue pour imiter une cuisine ancienne, elle contenait des meubles disparates en chêne, des rideaux en dentelle, un poêle à bois dans un coin, des tomettes sur le sol.
La présence de Boher fit soudain prendre conscience à Samia qu'elle avait bâti sa vie sur une illusion. Ces vastes cuisines d'autrefois étaient faîtes pour des familles, des repas à plusieurs, des rires, l'odeur de la dinde qui rôti au four, les enfants qui jouent sous la table.
Dans sa cuisine, le seul signe évoquant un enfant était la présence d'un cheval à bascule, dans un coin. Bien sûr, ce fut sur lui que se posèrent les yeux de Boher, longuement, avant de se détourner, pleins de douleur.
Jacques avait fabriqué ce cheval et leur avait offert au dernier noël qu'ils avaient passés ensemble.
Qui pourrait imaginer, en voyant ses yeux sombres, voilés, la joie qui les éclairait autrefois?
Samia versa la limonade et s'assit, replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle essaya de se souvenir de la tendresse du regard d'Alexis quand il lui avait souhaité bonne nuit, la veille au soir.
Son avenir était avec lui, se répéta-t-elle tandis que Boher déposait délicatement l'enfant sur la chaise placée en face d'elle. Il resta debout, prit son verre de limonade et se dirigea vers la fenêtre, où il demeura immobile, les yeux fixés sur le jardin.
Samia tenta de se concentrer sur la petite fille et lui sourit.

S: Je m'appelle Samia Nassri. Et toi?

Le regard de l'enfant se posa tour à tour sur Boher et elle. Avait-elle compris le lien qui les avait unis autrefois? Elle resta silencieuse. Pour toute réponse, ses yeux s'emplirent d'une tristesse poignante qui bouleversa Samia. Soudain, celle-ci vit l'étiquette accrochée à sa salopette.
Elle se tourna vers Boher, qui regardait toujours dehors.

S: C'est ta fille?

Elle avait prononcé ces mots, tout en calculant. Non. Elle savait qu'il n'aurait jamais pu la trahir. Même ces derniers mois, alors qu'ils tentaient encore de sauver leur couple, et qu'il disparaissait pendant des jours, elle n'y avait jamais pensé.

B: Elle a cinq ans Samia!

Comme s'il lisait dans ses pensées, il s'était retourné un instant pour murmuré ces mots, pour la rassurer. Cinq ans plus tôt, ils venaient à peine de se rencontrer, et étaient loin de vivre la passion qu'ils avaient vécu.
Mais il avait eu une vie avant elle, d'autres femmes. La vérité se lisait sur son visage: Il ne pensait pas que ce soit sa fille, mais n'en était pas absolument sûr.

B: Elle est un mystère. Je ne sais ni son nom, ni d'où elle vient. Tout ce que je sais, c'est qu'elle ne parle pas. Ou qu'elle ne veut pas me parler.
S: Pourquoi l'as-tu amenée ici?

Il termina sa limonade d'un trait et posa le verre avec précaution, comme s'il craignait de le briser.

B: Je ne sais pas...Tu n'es pas obligée de la garder, si tu ne veux pas.

Samia sentit le regard anxieux de la petite fille sur elle. Elle posa sa main sur la sienne.

S: Bien sûr qu'elle peut rester ici.
B: Merci, Mia.

Personne d'autre ne l'avait jamais appelé Mia. Ni son père, ni sa mère, ni son frère, ni ses meilleurs amis. Certainement pas Alexis. Seulement Boher.
Elle aimait qu'il l'appelle ainsi, autrefois, et elle fut stupéfaite de se rendre compte qu'elle éprouvait la même émotion à présent.
Seigneur! Elle n'était tout de même pas en train de lui ouvrir son cœur de nouveau? Non! Alexis Keller était l'homme qu'il lui fallait; un homme tranquille et sans surprises. Elle avait eu son compte de surprises.

B: Il faut que j'y aille. Je vais essayer de me renseigner. Je te téléphonerai.
S: Non.
B: Tu ne veux pas que je t'appelle?
S: Non. Tu ne peux pas juste la déposer ici et t'en laver les mains.

Boher la foudroyait du regard, à présent. Ses yeux s'étaient assombris, jusqu'à devenir presque noir.

B: Je ne te suis pas.
S: Il faut que tu prennes ta part des responsabilités. Je suis en vacances, mais j'ai quand même des chose à faire. Et j'ai aussi une vie personnelle.

Avait-il vraiment grimacé quand elle avait dit cela? Elle continua sur sa lancée, en dépit du fait qu'il fronçait les sourcils.

S: Elle va avoir besoin de vêtements. Tu pourrais l'emmener faire des courses.

La bouche de Boher remua, mais aucun son n'en sortit.

S: Et j'ai des projets pour ce week-end.

Alexis et elle avaient prévu de passer le week-end à quelque kilomètres de la ville. Curieusement, en présence de Boher, ce projet ne lui paraissait plus aussi excitant que quelques jours plus tôt.

B: J'ai promis à ma grand-mère que je l'aiderais dans le jardin.

Samia eu un serrement au cœur. Elle adorait la grand-mère de Boher et savait que c'était grâce à elle, qu'il n'avait pas complètement perdu pied.

S: Parfait. Je suis sûre que notre petite invitée sera ravie de faire la connaissance de ta grand-mère. Elle pourra même se salir un peu! N'est-ce pas, ma puce?

La petite fille hocha la tête d'un air hésitant. Samia ne s'arrêta pas là.

S: Et si tu nous préparais des cookies au chocolat, Jean-Paul Boher? Tu sais, malgré son air sévère de policier, cet homme fait les meilleurs cookies que j'ai jamais mangés!

En voyant Boher rougir, Samia se souvint avec émotion qu'elle seule connaissait ce secret.

S: Bien, Jp, arrête-toi au magasin et achète de quoi faire des cookies, et quelque chose pour le dîner.
B: Je n'en ai peut-être pas l'air mais je suis en service.
S: Dans ce cas, nous te verrons après.

Qu'était-elle allait faire là? Songea Samia, consternée, en réalisant qu'elle venait de l'inviter à dîner.
Le regard de Boher se posa sur la petite fille, puis revint à elle. Après un instant d'hésitation, il hocha la tête et sortit. Samia le suivit des yeux, encore abasourdie par les paroles qu'elle avait prononcées.
Soudain, elle sentit une petite main se glisser dans la sienne. La fillette s'était approchée sans bruit et la regardait.
Elle se baissa pour être à son niveau.

S: Tu ne parles pas, ma puce?

La petite fit non de la tête.

S: Cela ne fait rien. Je peux parler pour nous deux. Mais comment vais-je t'appeler?

L'enfant leva vers elle des yeux confiants. Samia soupira.

S: Je sais. Je vais te dire tous les prénoms que je connais, en commençant par la lettre A. Si tu entends le tien, tire sur ma manche, d'accord?

Elle entraina la fillette dans le jardin et, après avoir rempli deux arrosoirs, un grand pour elle et un petit pour l'enfant, elle montra à celle-ci comment arroser les fleurs.

S: Alors...Angela? Abby? Adeline? Amy? Alice?

Quand elle eut terminé avec A, elle passa à B, tandis que la petite fille s'affairait à ses côtés. Après les évènements de l'après-midi, elle avait besoin de se changer les idées, songea-t-elle, de se concentrer sur les plantes, par exemple.
A mesure qu'elle récitait tous les prénoms qui lui venaient à l'esprit, Samia se sentit devenir plus gaie, plus sereine.
Plus heureuse.
Et cela n'avait rien à voir avec la réapparition de Jean-Paul Boher dans sa vie!

A 17 heures, on frappa à la porte. Le cœur battant, Samia alla ouvrir et ne put réprimer une certaine déception à la vue de Cathy, leur collègue. Elle tenait un sac de provision à la main.

C: Il n'a pas pu venir. Il interroge des suspects pour une histoire de trafic de drogue.

La fillette apparut derrière les jambes de Samia.

C: Oh! Voici notre petite fille mystérieuse! Boher m'a recommandé de ne parler d'elle à personne. Il ne veut pas qu'elle soit à la une du journal.

Elle prit une brève inspiration puis ajouta:

C: Il m'a demandé de prendre une mèche de ses cheveux.
S: Pour quoi faire?

L'hésitation de la jeune femme lui donna la réponse. Boher allait faire effectuer des analyses pour déterminer s'il était ou non le père de l'enfant.

S: Dis-lui qu'il devra venir la chercher lui-même.
C: Avec plaisir.

Elle parut hésiter.

C: Je crois qu'il se sent encore coupable, tu sais. Il ne s'en ai jamais remis. Pour ceux d'entre nous qui le connaisse depuis toujours, c'est comme s'il était devenu quelqu'un d'autre depuis ce jour...

Émue Samia ne répondit pas.

C: Il ne voulait pas te faire souffrir. Il t'adore.
S: Merci.

Longtemps, Samia avait espéré que Boher lui ferait cet aveu lui-même. Bien sûr, il ne l'avait jamais fait, et maintenant, il était trop tard.

C: Penses-tu qu'il y ait une chance que...

La question de Cathy mourut sur ses lèvres. L'expression qu'elle lisait sur le visage de Samia l'avertissait de ne pas continuer.
Elle se reprit, sans conviction.

C: Je suis désolée. Cela ne me regarde pas.
S: Merci pour les courses.
C: Pas de problème. Téléphones si tu as besoin de quoi que ce soit.

Samia soupira en refermant la porte. Elle jeta un coup d'œil dans le sac. Il contenait leur dîner...et six paquets de cookies au chocolat.
Elle ne laisserait pas Boher s'en tirer à si bon compte, mais ne put s'empêcher de sourire.
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prym31



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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 14:25

Formidable histoire, tu écris vraiment très bien! on a hâte de connaître la suite!
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Elodie54

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 14:31

+1, j'adore tout ce mystère qui plane autour de leur vie et de la petite fille! Ils ont un passé douloureux j'ai l'impression...
Vite la suite Smile
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aphrodite
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 15:07

que c'est toujours aussi magnifique
bon déjà ce n'est pas l'enfant d'armelle
ce sont ils séparés à cause de la perte d'un enfant

j'adore tout ce mystère

la suite


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amatxi
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 15:32

mon dieu ...que je suis émue !!
à chaque ligne lue .....c'est.. love et coeur

vite , pense à nous !!!


quand on est aimé on ne doute de rien ,quand on aime on doute de tout.
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RevesBS



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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 18:42

Merci les filles.

Boher acheva de rédiger son rapport, sauvegarda le dossier et éteignit l'ordinateur. Un coup d'œil à l'horloge lui indiqua qu'il était 22h30. Il roula ses épaules et s'étira.
Pris en possession d'un sachet de crack, les deux jeunes qu'il avait aperçu le matin même, ne s'étaient pas fait prier pour livrer le dealer. Le reste avait été un jeu d'enfant.
Un doute subsistait néanmoins dans l'esprit de Boher. Aurait-il dû être plus patient? Remonter la filière plus haut? Son jugement avait-il était affecté par une autre question qui lui semblait plus urgente?
Jusqu'à présent, il avait découvert le point de départ de la fillette: Lyon. Le billet portait le nom de Camille Rousset, et la femme qui l'avait déposée avait signé Laurence Rousset. Sans doute s'agissait-il de faux noms. Personne n'irait expédier son enfant à un inconnu et signer de son vrai nom, songea-t-il.
Se pouvait-il qu'il soit le père de cette fillette? Il n'avait connu que très peu de femme et jamais aucunes de ces histoires n'avaient duré avant Samia.
Il avait parlé à l'une des employées du guichet de la gare de Lyon. Elle avait fourni une description assez complète de la femme qui accompagnait l'enfant; elle s'en était souvenue parce qu'elle semblait bouleversée.
Ce qui signifiait qu'elle aimait l'enfant, conclut-il non sans un certain soulagement.
Il étudia le signalement: mince, cheveux longs et blonds, yeux bleus. Des cernes sous les yeux. En jean et T-shirt. Âgée d'une trentaine d'années à peine. Avait pu être jolie, mais ne l'était plus. Bref, des millions de femmes pouvaient correspondre à cette description. Néanmoins, la police de Lyon allait établir un portrait-robot qui pourrait être diffusé dans toute la région.
Par ailleurs, Cathy avait effectuée quelques recherches concernant le nom de Rousset. Apparemment, aucune Laurence ni Camille ne résidait dans la région ce qui ne le surprenait guère.
Enfin, aucune enfant répondant à la description de la fillette n'avait été portée disparue récemment. Boher était remonté six ans en arrière, sans rien trouver.
Le téléphone sonna. C'était Cathy, qui l'informait qu'elle avait rempli sa mission.

C: Samia a dit que vous devriez aller prendre la mèche de cheveux vous-même.

Elle marqua une pause, puis ajouta:

C: Elle est plus belle que jamais, n'est-ce pas?

Boher ne répondit pas. Il n'allait pas discuter de sa vie privée avec Cathy. Si elle s'imaginait qu'il pourrait être tenté de lui faire des confidences dans un moment de faiblesse, la vie au bureau deviendrait intenable.

B: Merci pour les courses, Cathy.

Ces simples mots suffirent à la jeune femme pour qu'elle se sente autorisée à le réprimander pour être encore au bureau à une heure pareille. Boher toléra l'orage aussi longtemps que possible, puis finit par raccrocher, exaspéré. Comme s'il avait besoin qu'on lui rappelle qu'il travaillait trop! D'ailleurs, qu'aurait-il pu faire d'autre? Que lui restait-il, à part son travail? S'il y passait suffisamment de temps, il pouvait rentrer chez lui et s'écrouler sur son lit sans penser à rien.
Il savait qu'il vivait comme un robot, sans prendre goût à rien. Jusqu'au moment où il avait commis l'erreur d'emmener cette petite fille chez Samia, cela lui paraissait supportable.
Le fait d'entrer dans cette maison, de voir cette photo sur la cheminée, et le cheval à bascule dans la cuisine l'avait bouleversé en lui rappelant combien la vie pouvait être douce.
Pourquoi Samia avait gardé toutes ces choses?
Il consulta sa montre. Était-il trop tard pour passer chez elle? Elle avait raison; il ne pouvait pas la laisser assumer seule l'enfant et abdiquer toute responsabilité.
Quelle idée d'aller chez elle! Il se demanda avec un petit choc s'il n'avait pas inconsciemment désiré mêler de nouveau sa vie à celle de Samia. Mais...pourquoi précisément maintenant?
Parce que toute la ville parlait de sa relation avec ce docteur? Était-il las de résister à la tentation de la revoir qu'il avait saisi le premier prétexte venu pour se rendre dans cette maison où ils auraient dû vivre ensemble.
Ou était-ce parce qu'il savait qu'il pouvait lui faire confiance pour prendre soin de cet enfant, comme il ne pouvait faire confiance à personne d'autre?
Ce n'était toutefois ce qu'il avait fait quelques mois plus tôt.
Il s'était cru fort, solide, invincible. Le mâle traditionnel dans toute sa splendeur, capable de prendre soin de tout.Il était issu d'une longue lignée d'hommes confiants en leur propre force. Des pionniers, des bûcherons, qui avaient conquis cette région à la force du poignet. Il s'était toujours cru l'un de ces hommes-là, solide comme un roc.
Seulement, ce n'était pas le cas. Samia, l'avait battu à plate couture dans le domaine de la force intérieure. Sous cette carapace masculine, sous son autorité, se cachait un homme fragile. Un homme que le destin pouvait briser.
Après ce jour il était devenu lointain, renfermé, en proie à une révolte silencieuse. Puis, le chagrin avait eu raison de lui. Il s'était mis à mener une vie dissolue, à boire, à sortir en rejetant Samia de plus en plus loin de lui.
Il avait eu beaucoup de chance qu'elle lui ouvre sa porte, aujourd'hui. Il ne le méritait pas. Par dessus le marché, il l'avait déçue..
Boher poussa un soupir, enfila sa veste et tenta de se convaincre de rentrer directement chez lui. En vain. Il passerait d'abord devant chez Samia, pour voir si par hasard la lumière était encore allumée. Peut-être la petite fille avait-elle parlé? De plus, il avait besoin d'une mèche de cheveux. Il serait plus facile de la prendre pendant qu'elle dormait, en évitant ainsi d'avoir à lire l'interrogation dans ses grands yeux innocents.

Tout éclairée, la grange maison était belle et accueillante. On aurait dit le genre d'endroit qu'on voit dans les films, songea Boher. Pas dans la vraie vie.
En tout cas, pas dans la sienne.
Il vivait maintenant dans un petit chalet, construit autrefois par son grand-père près de la rivière. Il l'avait aménagé de façon sommaire, en y ajoutant une salle de bains, mais ne s'intéressant ni au confort ni à la décoration.
Toutefois, le murmure de la rivière qui coulait tout près lui apportait une certaine paix. Il y avait dans ce bruit constant quelque chose qui le réconfortait, qui répondait en lui à des questions qu'il n'avait jamais osé formuler.
Il tira son téléphone portable de sa poche et composa le numéro de Samia; il l'avait noté dans un coin de sa mémoire depuis longtemps.

S: Allo?

Sa voix résonna dans la nuit, aussi claire que la lumière qui jaillissait de sa maison. Forte. Assurée. Calme.
Boher ferma les yeux, bouleversé par la force de ses émotions; comme si, perdu dans le blizzard, glacé jusqu'aux os, il apercevait au loin le feu de joie qui pourrait le sauver. Prenant une profonde inspiration, il s'efforça de reprendre.

S: Allo?
B: C'est Jean-Paul...
S: Merci pour les cookies.

Il devina qu'elle souriait malgré elle.

S: Où es-tu?

Mentir, songea-t-il. Prétendre qu'il était chez lui, ou au commissariat, mais il n'en fit rien.

B: Je suis en bas de chez toi.
S: Tu montes?

Il devait refuser.

B: Oui. Si cela ne te gênes pas.
S: Jean-Paul, si tu t'inquiétais de me gêner, je ne pense pas qu'une petite fille dormirait à poings fermés dans la chambre d'amis. A tout de suite.

Elle raccrocha. Une seconde plus tard, la lampe du porche s'alluma.
Tout en parcourant la courte distance qui le séparait de la maison, il tenta d'établir un plan de campagne. Rester sur le plan professionnel. Demander si l'enfant parlait. Prendre une mèche de cheveux. Partir.
Et si le docteur était là? A son grand soulagement, un seul véhicule stationnait devant la maison, celui de Samia.
Malgré ses bonnes résolutions, il se sentait tout sauf professionnel en sonnant à la porte.

S: Entre.

Elle portait les mêmes vêtements que dans l'après-midi. Mais avait passé un pull blanc sur son débardeur. Il paraissait doux, moelleux, et donna envie à Boher de poser les mains dessus et d'attirer Samia contre lui.
Le médecin était certainement plus délicat, songea-t-il. Le genre d'homme qu'elle méritait.
Lui était...Il se souvint brusquement qu'il ne s'était pas changé et, après avoir passé des heures à transpirer dans la voiture bouillante de son frère, il ne devait pas sentir la rose. Mieux valait rester à bonne distance de Samia...d'autant qu'il ne s'était pas rasé non plus.
Une appétissante odeur de poulet et de cookies flottait dans la maison.

S: Quand as-tu pris un vrai repas pour la dernière fois?

Elle savait qu'une fois absorbé par son travail, il oubliait tout le reste. Manger ou se raser, par exemple.
Il haussa les épaules, résolu à ne pas attacher trop d'importance à la sollicitude qu'elle lui montrait. Elle avait toujours eu un faible pour les chats et les chiens errants.
Se forçant à demeurer impassible, il la suivit dans la cuisine, en dépit du cheval à bascule qui semblait le narguer dans son coin. Une musique douce, un morceau de guitare, s'élevait en arrière-fond. La pièce respirait la paix, la sérénité.
Une vie normale.
Une vie où on ne se nourrissait pas de plats à emporter achetés en vitesse. Où on passait du temps à la maison, à se détendre, à écouter de la musique, à lire des livres, à faire la cuisine, à suspendre un tableau ici où là.
Une vie où on ne nettoyait pas le bariller de son revolver sur la table de la cuisine. Où on n'était pas réveillé chaque nuit, par le téléphone annonçant un cambriolage, une disparition ou un suicide.
Boher s'assit à la table et, sans un mot, Samia lui apporta une assiette. Il aurait voulu refuser, mais l'arôme qui arrivait jusqu'à ses narines eut raison de sa résolution. Il se rendit compte qu'il mourait de faim, qu'il n'avait rien avalé depuis le steak acheté au café des heures et des heures plus tôt.
Entre deux bouchées, et tout en s'efforçant de ne pas croiser le regard de Samia, il s'éclaircit la voix.

B: Elle t'as parlé?
S: Non.
B: Elle s'appelle peut-être Camille.

Le plat était délicieux. Quand avait-elle appris à faire la cuisine? Il se rappelait qu'autrefois, trop impulsive, trop impatiente pour suivre à la lettre les recettes, elle faisait tout brûler.
Elle paraissait plus calme, à présent, plus posée. Il lui jeta un coup d'œil à la dérobée, remarquant de nouveau qu'il se dégageait d'elle une certaine plénitude, une certaine maturité.
Elle s'était maquillée. Cela signifiait-il quelque chose? L'avait-elle fait pour lui. Une vague de chaleur envahit Boher, en même temps qu'une atroce sensation de solitude.

S: Je ne crois pas qu'elle s'appelle Camille. Nous avons déjà finit les C.

Elle lui expliqua l'idée qu'elle avait eue pour trouver le nom de la petite fille. Boher hocha la tête.

B: Tu as sans doute raison. Je ne le crois pas non plus, mais c'est ce qu'il était écrit sur le ticket. Essaie quand même demain, vois s'il y a une réaction.
S: A vos ordres chef!
B: Pardon. Je ne suis plus très délicat.

Le « plus » resta en suspens entre eux.
Soudain, il sut ce qu'il allait se passer s'il restait assis là. Ils devraient parler et ils n'avaient qu'une seule chose en commun aujourd'hui: le passé.
L'idée d'être assis avec Samia et d'écouter des questions commençant par « tu te souviens... »lui était insupportable.
Il repoussa son assiette et se leva.

B: Puis-je la voir? J'ai besoin de cette mèche de cheveux.

Rester sur le plan strictement professionnel, se répéta-t-il.
Cependant, c'était impossible. Tandis qu'elle le guidait à travers sa maison, c'était comme si elle lui révélait son âme. Chaque tableau, chaque couleur parlait d'elle. Sa chaleur était visible partout. Dans le bois soigneusement ciré, le papier peint et peintures, les bibelots et les antiquités choisies avec goût.
Tout était si propre, si ordonné...
Heureusement, elle ne verrait jamais son chalet, un véritable taudis. L'évier débordait de vaisselle sale. Du linge traînait sur le sol. Le moteur de la tondeuse à gazon s'alignait en pièces détachées sur la table de la cuisine, ce qui était d'autant plus ridicule qu'il n'avait pas la moindre intention de tondre l'herbe sur la pente douce qui descendait à la rivière. Sans doute le moteur l'empêchait-il de penser à autre chose quand il avait épuisé tout le reste.
Une partie de lui brûlait d'envie de demander à Samia comment elle était parvenue à faire tout cela, à continuer, à se soucier du quotidien, à vivre, à rester normale. Mais une autre partie de lui ne voulais pas savoir, parce que la réussite de Samia ne faisait que souligner l'ampleur de son propre échec. Depuis ce jour, il avait commis erreur sur erreur. Samia au contraire, avait fait tout ce qu'il fallait.
A l'étage, ils passèrent devant une porte entrouverte.
La chambre de Samia.
Il aperçut un grand lit à baldaquin recouvert d'une courtepointe blanche, des lampes discrètes, des murs bleus. Une chambre qui suggérait la sensualité, le mystère d'un cœur de femme.
Samia le regarda. Il espéra avoir réussi à détourner les yeux à temps pour qu'elle ne voie pas son coup d'œil furtif, le coup d'œil d'un homme affamé qui se contente de grappiller les miettes.
Le médecin...comment s'appelait-il? Avait-il gravit ces marches avec elle? Partagé son lit?
Quelle question stupide! Cela ne le regardait absolument pas. Malgré tout, il y pensait toujours quand elle ouvrit doucement la porte de la chambre voisine.
Il constata avec soulagement que ce n'était pas une chambre d'enfant, au moins n'avait-elle pas de projets en ce sens, même si elle fréquentait quelqu'un.
La pièce faisait office de bureau, et la petite fille dormait sur un canapé-lit déplié.
Tout près de l'ordinateur, se trouvait une photo qui le bouleversa. Refoulant ses émotions, il se détourna rapidement, conscient du regard de Samia posé sur lui.
Elle savait...
Il fallait qu'il s'en aille immédiatement.
Il se dirigea vers la fillette endormie et baissa les yeux sur elle. Ses cheveux soyeux encadraient son visage délicat. Ses lèvres remuaient légèrement, mais elle paraissait détendue et pressait un petit ours en peluche contre son cœur.
C'est pour cela qu'il l'avait emmené ici, songea-t-il. Qui à part elle aurait pensé à ce genre de chose?
Malgré lui, il tendit la main et effleura la joue de l'enfant, se figeant soudain comme si on venait de le marquer au fer rouge.
Il prit une grande inspiration puis, d'une main incertaine, tira une petite paire de ciseaux de la poche de sa veste et préleva une minuscule mèche de cheveux qu'il glissa dans un sachet en plastique.
Samia et lui ressortirent silencieusement. Il descendit les marches d'un pas rapide et se dirigea vers la porte d'entrée.

B: Merci pour le repas.
S: Je t'en prie. Je ferai une liste des choses dont elle aura besoin.
B: Bien. Je passerai demain.

Ce qui signifiait qu'il lui faudrait revenir...Non, se dit-il. Cathy pourrait se charger de cette commission. Mieux valait qu'il ne remette pas les pieds dans cette maison.

S: Bien.
B: Tu couches avec lui?

Les mots étaient sortis tout seuls. Boher se maudit, trop tard.

S: Qui?
B: Ne joue pas avec moi, Samia.

Instinctivement, il avait pris sa voix sévère de policier en train de mener un interrogatoire. Les yeux de Samia étincelèrent de colère, mais elle répondit néanmoins.

S: Non.

Il prit soin de dissimuler son soulagement.

B: Peut-être que tu devrais.

Il lui avait asséner cela, sans réfléchir, avant de sortir et de refermer la porte derrière lui. Mais il aurait dû se douter que Samia ne lui laisserait pas avoir le dernier mot. En entendant la porte se rouvrir, il se retourna. Les bras croisés, elle se tenait sous le porche et ses yeux lançaient des éclairs.

S: Et toi? Il y a quelqu'un dans ta vie?

Il haussa les épaules et s'engouffra dans la voiture, refusant de la regarder de nouveau. Surtout, il refusait de se demander pourquoi cela pouvait bien l'intéresser.


Son chalet lui parut infiniment triste, ce soir-là. Malgré sa fatigue et le chant familier de la rivière, il ne put trouver le sommeil. Il pensait à la petite fille. Y avait-il une ressemblance physique entre elle et lui? Non.
Il s'efforça d'appliquer à la situation l'approche rationnelle dont il usait d'ordinaire dans son métier, à savoir rassembler tous les faits avant de tirer une conclusion. Toutefois, il ne pouvait détacher ses pensées de l'enfant. Il y avait une probabilité, même minime, qu'il en soit le père. Que ferait-il si tel était le cas?


Le lendemain matin, il demanda à Cathy d'appeler Samia afin d'avoir la liste de vêtements dont elle avait parlé.

B: Et j'aimerais que vous emmeniez la petite faire des courses.
C: Non.
B: Comment?
C: Non. Ce n'est pas mon travail, c'est à vous qu'on l'a confié. Je refuse de le faire.

Boher lui décocha un regard foudroyant. Il savait parfaitement ce qu'elle avait en tête. Cathy adorait jouer les marieuses. Elle essayait de toute évidence d'initier une réconciliation entre Samia et lui avant que les choses n'aillent trop loin avec le docteur.
Cependant, il ne pouvait s'attendre à ce que les autres assument les conséquences de ses décisions. Après tout, c'était lui qui avait choisi d'emmener la petite fille chez Samia.
Studieusement penchée sur son bureau, Cathy fit mine d'ignorer Boher. Au pli obstiné de son menton, il comprit qu'il ne servirait à rien d'insister, et il n'allait pas lui donner la satisfaction de la supplier...
Vers l'heure du déjeuner, il reprit le chemin de la grande maison sur la colline, balayant de son esprit l'idée qu'il aurait très bien pu commander les vêtements en question par catalogue.
Samia et l'enfant étaient dehors, au soleil du printemps. La petite fille faisait des roulades dans l'herbe sous le regard amusé de Samia. Toutes deux aperçurent Boher au même moment.
L'enfant courut vers la voiture, à la manière d'un jeune chiot venant quêter une caresse. Boher sentit l'émotion l'envahir. Il la prit dans ses bras et la fit tournoyer dans l'air, même si ce geste aussi le bouleversait.
Samia s'approcha, en short, les genoux maculés de terre.
Au moins, il portait son uniforme, ce matin. Il s'était rasé, aussi, mais cela n'avait rien à voir avec Samia, se dit-il.
Il reposa à terre la fillette, qui se lança aussitôt à la poursuite d'un papillon.

B: A-t-elle parlé?

Samia fit non de la tête.

S: Mais j'ai découvert son prénom. Tessa. Elle a fait signe quand je l'ai proposé.
B: Tessa? Tu t'appelles Tessa?

L'enfant revenu près d'eux, acquiesça vigoureusement.

S: J'aimerais lui faire subir des tests auditifs, pour voir si on peut déterminer pourquoi elle ne parle pas. J'en ai parlé à un ami. Cela ne t'ennuie pas?

Si, ça l'ennuyait. L'idée était bonne, mais la mention de l'ami lui déplaisait énormément. Toute la ville connaissait l'ami en question. Du calme, s'ordonna-t-il. Samia méritait un homme de ce genre. Un gentil docteur, riche, bien élevé, équilibré.
Ennuyeux, ajouta-t-il malgré lui.

S: Oh! Et voici la liste dont je t'ai parlé. Le strict nécessaire, vraiment.

Bien résolu à lui dissimuler combien sa suggestion le troublait, il se concentra sur la feuille qu'elle lui tendait.
Deux jeans. Un survêtement. Trois T-shirt. Deux shorts. Des barrettes. Un pyjama.
Boher commençait à se sentir vaguement dépassé quand il remarqua l'élément suivant.
Cinq paires de petites culottes à motifs.

B: Je peux commander tout cela par catalogue, non?
S: Elle en a besoin tout de suite, pas dans la semaine, JP.
B: Ah.
S: Y a-t-il un problème?
B: A vrai dire, oui. Je ne m'y connais pas tellement en petites culottes. Quel genre de motifs? Enfin, Samia! Cinq paires. Pourquoi en faut-il tant?
S: Boher! Elle doit en changer tout les jours. Pas toi?

Il la regarda en se demandant comment ils en étaient arrivés à aborder la question de son hygiène personnelle.
Gênés, il fourra la liste dans sa poche.

B: Je me débrouillerai.

Il profiterai du fait qu'il devait ramener la voiture à son frère, pour faire les courses dans la ville voisine, décida-t-il. Pas question qu'on le voit en train d'acheter des petites culottes. A motifs de surcroît.

S: Nous pourrions t'accompagner.
B: Mmm.
S: Tessa serait sûrement contente de choisir ses propres vêtements. Regarde sa salopette. Elle n'a pas dû être habituée à avoir beaucoup de vêtements neufs.

Il regarda l'enfant. Samia avait sans doute raison. Le T-shirt qu'elle portait sous sa salopette était usé et taché.

S: Tessa? Cela te plairait d'aller faire des courses? Acheter des vêtements neufs?

La petite fille se figea, et son regard alla de l'un à l'autre, comme si elle se demandait s'ils parlaient sérieusement. Enfin, elle hocha timidement la tête, les yeux brillants.
Boher se demanda ce qui lui arrivait. Il était en train de perdre le contrôle de sa vie. L'espace d'une seconde, il envisagea de donner l'argent à Samia, mais peut-être demanderait-elle alors au docteur de le remplacer pour les courses? De plus, au fond de lui, il savait qu'il mourrait d'envie de jouer les Pères Noël pour cette petite fille au visage triste.

B: D'accord. Je passerai vous prendre cet après-midi.
S: Très bien. N'est-ce pas Tessa?

Elle baissa les yeux vers l'enfant, et Boher sentit son cœur se serrer. Samia était toujours capable d'amour et de générosité; lui non.
Pas étonnant qu'il l'ait évitée pendant tout ce temps, Samia réveillait toute la douleur enfouie en lui depuis des mois.
Une douleur qu'aucun docteur ne pourrait jamais guérir.
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aphrodite
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 19:32

toujours aussi mystérieux et j'adore
toutes les descriptions que tu fais sont supers bien écris, on se voit cachés regardant les scénes, sentant les sentiments ente eux, cette tristesse, cette douleur

même si je n'ai toujours pas compris ce qui les a séparés, je me dis que la petite est peut être l'enfant d'une jeune femme qu'il a aidé il y a quelques années, ou qu'il a arrêté

la suite


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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 28 Mar - 20:28

et bien moi je suis toujours aussi émue !!!...ça promet pour la suite prosterne


quand on est aimé on ne doute de rien ,quand on aime on doute de tout.
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lucky

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Lun 29 Mar - 3:47

Je viens de lire toute ta fic est c'est merveilleux, mais triste.
J'en ai les larmes aux yeux. C'est écris merveilleusement bien.
Boher n'est plus que l'ombre de lui même, il aime toujours Samia
passionnément, mais il souffre tant. Samia aime toujours
Boher, même si elle tente par tout les moyens de se persuader du
contraire. Ces deux la sont irémédiablement attirés l'un envers
l'autre, comme deux aimants surpuissants. Tessa à l'air d'une
petite fille d'une gentillesse et d'une tristesse infini.
Boher est Tessa sont emplis d'une même souffrance, je pense
qu'ils guériront ensemble, ils apprendront à vivre, à sourire et
à aimer de nouveaux ensemble.
Mais un tas de questions s'imposent dans mon esprits.
Tessa est elle la fille de Boher ? Pourquoi est elle aussi triste,
aussi renfermé ? Boher et Samia ont ils perdus un enfant ?

Cette fic est une pure merveille, tu écris divinement bien
et j'ai hâte d'avoir la chance de lire une autre suite,
j'adore cette aventure que tu nous fais vivre, remplis d'émotions,
de tristesses, de regrets et d'amours infinis.

bravo respe
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minicalimero

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Lun 29 Mar - 13:49

je vien de découvrir ta fic, mais
qui est tessa?
la fille? la niéce? la soeur?une fille de quelqun quil a aider?
c'est tellement bien écris que j'ai relus plusieur fois avant de poster mon com,
j'ai hate de découvrir la suite
aura t on peut etre la reponse a qui est cette petite
merci a toi de nous faire partager un tel moment de bohneur!
bisous
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Nanou

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Lun 29 Mar - 16:33

Oh quelle merveilleuse fic j'ai les larmes aux yeux en la lisant
vivement la suite

bisou


chouchou para sempre

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marion

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Mar 30 Mar - 23:45

Hé bin, mamzelle, votre fic est une pure merveille;
J'aime le ton donné. Les phrases toutes simples qui sentent bons la sincérité, la sagesse, le bon sens.
J'ai hâte de connaître la suite des évènements et je me dis que la petite Tessa va retrouver la parole grâce à l'amour que lui donnent ces deux-là. Et inversement, ils vont se rapprocher grâce à la petite.
Encore bravo pour tes écrits. Et concernant l'analyse, je me pose exactement les même question que Lucky (que je salue)
j' I love you et j'attends bounce bounce


[i]L'amour dure autant que durent les reproches (prov arabe)
Quand on est aimé, on ne doute de rien. Quand on aime, on doute de tout (Colette)
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Mer 31 Mar - 2:00

coucou !!!... elle est ou la suite ,,,,


quand on est aimé on ne doute de rien ,quand on aime on doute de tout.
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RevesBS



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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 1:35

Merci les filles. Excusez moi j'ai une semaine assez chargée, mais voici la suite...

Lorsque Boher descendit de la voiture quelques heures plus tard, Samia ne put réprimer un sourire.
Un rayon de soleil fit scintiller le badge qu'il portait à la poitrine. Il avait des yeux magnifiques, si intense, si profond. Comment avait-elle pu oublier cela?

B: Désolé, mais je n'ai pas eu le temps de me changer. De toute façon, je dois retourner au commissariat plus tard.

Samia comprit qu'elle avait dû le dévisager. Gênée, elle se hâta de se détourner en se reprochant d'avoir des pensées aussi transparentes. Elle avait espéré qu'il se changerait, en effet, en uniforme, même si elle avait longtemps refusée de l'avouer, Boher lui avait toujours paru à la fois intimidant...et incroyablement sexy.

S: Aucune importance.

Elle songea soudain à son propre choix de vêtements, short noir et débardeur à fines bretelles assorti. Elle s'était dit que cette tenue, serait fraîche et confortable, mais, à la réflexion, elle possédait quantité d'autres vêtements qui auraient été à la fois beaucoup plus frais et nettement plus confortables. Était-ce le fait d'avoir vu Boher en uniforme ce matin qui l'avait poussée à vouloir être un soupçon provocante?
Samia aida Tessa à s'installer dans la voiture en s'efforçant de ne pas perdre de vue que Boher l'avait quittée et qu'elle était justement en train de reconstruire sa vie.
Il recula et lui tint galement la portière. Pour la première fois, il parut remarquer ce qu'elle portait, et elle crut lire une franche lueur d'appréciation masculine dans le noisette de ses yeux.

S: Je vais chercher un pull.

Il lui décocha un regard incrédule.

B: Samia, il fait quarante degrés dans cette voiture! Et il n'y pas l'air climatisé.

Samia renonça et passa devant lui. Quand la main de Boher effleura son épaule dénudée, un frisson la parcourut tout entière. Elle aurait dû aller prendre ce pull, songea-t-elle consternée.

S: Il n'y a aucune raison apparente qui empêche Tessa de parler.

Installée dans le véhicule, elle était bien décidée à rester sur un terrain sûr. Après tout, le Dr Alexis Keller était désormais entré dans sa vie.
Elle jeta un coup d'œil vers Boher. Il hocha la tête en guise de réponse, mais ne dit rien. La mine sombre, il enclencha la vitesse et démarra. Il ne voulait pas le regarder, comprit-elle subitement. Il ne voulait pas regarder son décolleté.

S: Alors cette voiture est le nouveau joujou de ton frère?
B: Oui.
S: Comment va-t-il?
B: Bien.

Samia ne se découragea pas.

S: A-t-il trouvé du travail?
B: Il sort beaucoup, il conduit trop vite, et il est incapable de garder un emploi.

Elle roula des yeux.

S: Réponse de flic!
B: C'est ce que je suis. Et toi aussi je te rappelle.

Autrefois, cette réponse brève et sèche annonçait souvent une dispute, leur mode de communication préféré, celle qui lui permettait de s'éloigner d'une discussion qui déplaisait et de l'empêcher d'avoir à exprimer ses sentiments. Ce dont il aurait pourtant eu grand besoin.

S: Ne peux-tu pas seulement dire que tu l'aimes et que tu te fais du souci pour lui?

Boher lui lança un regard noir et se réfugia dans le silence.
Cependant, Samia était une femme de caractère qu'on ne pouvait réduire au silence si facilement.
Elle l'avait était trop longtemps. Pour la première fois depuis des mois, elle voulait qu'ils se parlent enfin. Qu'ils parlent de ce qui les avait déchirés. A quoi bon? Songea Samia avec désespoir. Elle se ressaisit aussitôt, convaincue que personne ne pouvait aller de l'avant sans avoir résolu les problèmes du passé.
Boher regardait droit devant lui, la mâchoire crispée. Si elle ne pouvait le forcer à se livrer, elle pouvait au moins parler. Dire tout ce qu'elle avait avait envie de lui dire. Le cœur serré, elle prit une profonde inspiration. Peut-être fallait-il commencer par le début.

S: Te souviens-tu de Ben Schott, Jp?

Il jura entre ses dents et lui adressa un regard traqué, qui implorait de ne pas évoquer ce souvenir-là. Samia s'était tue, à l'époque. Elle ne répéterait pas la même erreur.

S: Tu as fait tout ce que tu pouvais. Tu t'es jeté dans la rivière en plein mois de février. Tu as failli mourir pour sauver ce garçon.
B; Pourquoi parles-tu de ça? C'était...c'était il y a plus d'un an.

Elle aurait parié qu'il savait la date et l'heure exacte de la tragédie.

S; Parce que c'est ce jour là que j'ai remarqué que tu avais changé. Que tu gardais tes distances, que tu ne voulais plus te confier à moi. Et je t'ai laissé faire. Mon silence t'as laissé croire que tu aurais dû être plus fort. Tu as vécu des moments horribles et dangereux, tu ne voulais pas en parler et je t'ai laissé faire.
B: Samia, je viens d'une famille de bucherons, bon Dieu! On ne m'a pas habitué à exprimer mes sentiments. Les hommes de ma famille ne faisaient pas cela.
S: Certains hommes le font.
B: Tant mieux. J'espère que tu en as trouvé un.

Il le dit d'un air dégagé, mais ses mains étaient blanches et crispés sur le volant. Une veine battait à ses tempes.

S: Je voulais seulement te dire ce que j'éprouvais.
B: Après tout ce temps?
S: J'aurais dû te le dire beaucoup plus tôt.

Il soupira, puis après une longue pause, il reprit parole.

B: J'essayais de te protéger...de vous protéger.
S: Je sais. Tu l'as toujours fait. Mais nous avons commis des erreurs...
B: Pas toi, Samia. Pas toi.
S: Être en couple, c'est un partenariat, Jp. Même si c'était toi qui avait commis toutes les erreurs, j'aurais ma part de responsabilité. Je me suis tu quand j'aurais dû parler. Je t'ai laissé croire que tu devais prendre la responsabilité de tout.

Au regard qu'il lui lançait Samia sut que cela suffisait. Il n'était pas prêt à entendre plus, à évoquer davantage. Pour l'instant.
Elle se concentra alors sur la petite fille, et sortit de son sac des cartes qu'elle avait emmené en prévision du trajet.
Il s'agissait d'un jeu de loto qu'elle avait retrouvé dans un carton contenant ses jouets d'enfance. L'enfant devait trouver une vache blanche et noire, une maison aux tuiles rouges et trois voitures blanches pour compléter une ligner. Ravie, Tessa joua avec enthousiasme, tirant frénétiquement le bras de Samia chaque fois qu'elle voyait l'un des objets.

B: Je vais vous déposer au magasin, et puis j'irai récupérer ma voiture.

Samia devina pourquoi il ne souhaitait pas qu'elle l'accompagne; il ne voulait pas que sa famille s'imagine qu'il y avait de nouveau quelque chose entre eux.

S: Bien. Retrouvons-nous au rayon enfants.

Elle claqua la portière en sortant de la voiture et, à peine entrée dans le magasin, s'empressa d'acheter une chemise blanche trop grande pour elle, qu'elle noua sur son débardeur. Ensuite, elle s'abandonna au plaisir de faire les courses avec Tessa. De toute évidence, la petite fille n'avait pas l'habitude de telles sorties. Les yeux plein d'envies, elle touchait timidement les vêtements que Samia lui montrait.

Elles avaient déjà rempli un chariot de jeans et de T-shirts quand Samia aperçut Boher qui venait vers elles, l'air mal à l'aise dans son uniforme au milieu de tout ses rayons minuscules.
Une vendeuse surgit de nulle part et se planta devant lui.

V: Puis-je vous aider, monsieur?

Samia ne put retenir un soupir. Il répondit d'une voix froide.

B: Non, merci.

La jeune femme parut déçue mais ne bougea pas pour autant. Samia la vit se pencher vers lui et lui dire quelques mots à voix basse. Boher rougit et s'éloigna comme si elle était invisible. Samia s'approcha, levant un sourcil.

S: Que s'est-il passé?
B: Rien.

Il lui avait répondu d'une voix sèche avant de feindre un intérêt soudain pour les vêtements exposés sur le rayon voisin.
Cependant, Samia savait. Un jour, au début de leur relation, alors qu'ils étaient en patrouille, ils avaient arrêté un jeune délinquant. Et, alors que Boher l'avait plaqué contre une voiture et était en train de palper ses poches, une femme s'était approché de Samia et sans aucune gène, lui adressant même un sourire complice, avait clamé:

F: J'aimerais bien être à sa place!

Ce soir-là, préoccupée, Samia avait rapporté à Boher la remarque de cette inconnue.
Il avait rit.

B: Samia, il y a des tas de femmes qui ont un faible pour l'uniforme! Ce n'est pas à moi qu'elles s'intéressent. Et puis, le contraire est réciproque, et j'ai certainement plus de raison de m'inquiéter!

Ne la voyant toujours pas calmée, il lui avait caressé tendrement la joue, les yeux plongés dans les siens.

B: N'oublie jamais que tu es la femme de ma vie, Samia. La seule. Pour toujours.

Puis il avait déposé un baiser sur son front, en lui disant que si elle persistait à se montrer aussi déraisonnable, il n'aurait pas d'autre choix que de lui passer les menottes. Ensuite, les sourcils froncés d'un air menaçant, il l'avait poursuivie dans l'appartement jusqu'à ce que le voisin du dessous frappe au plafond avec son balai. Samia avait faillit mourir de rire.
Maudissant sa mémoire, elle s'enjoignit de chasser de ses pensées ces images de leur passé.
En vain. Elle se souvenait qu'après les rires, elle lui avait lentement retiré son uniforme, en lui murmurant des mots tendres, et qu'elle avait pressé ses lèvres sur ses muscles durs, sa peau soyeuse.
Au prix d'un énorme effort, elle se força à interrompre le flot de ses souvenirs, et à revenir au présent, au rayon enfants d'un grand magasin.
Elle vit Boher s'arrêter net et regarder autour de lui d'un air méfiant avant de revenir vers elles.
Il tenait un cintre sur lequel une petite robe blanche était accrochée.
Une robe de fête, ou de première communion, avec un jupon en satin, des broderies délicates, des manches bouffantes et une large ceinture ornée d'une fleur rose.
Samia regarda Tessa. Figée sur place, l'enfant ne pouvait détacher son regard de la robe. Elle lâcha le T-shirt qu'elle tenait.

B: Est-ce la bonne taille?
S: C'est parfait!

Elle n'avait pas le cœur de dire à Boher, et encore moins à Tessa, que cette petite robe n'était absolument pas appropriée à des activités de tous les jours.

S: Parfait.

Elle prit conscience qu'elle avait les yeux rivés sur le visage de Boher, et non plus sur la robe.

S: Tessa, es-tu prêtes à essayer quelques vêtements?

Elle se hâta de guider l'enfant vers les cabines d'essayage, laissant Boher se défendre seul contre les assauts éventuels des vendeuses.
Tessa tint toutefois à sortir de la cabine pour lui montrer chacun des vêtements qu'elle essayait, virevoltant devant lui. Tout d'abord, il ne sut trop quoi lui dire.

B: C'est joli. Oui, cela fera très bien l'affaire.

La première fois qu'il lui dit qu'elle était jolie, le visage de Tessa s'éclaira de plaisir. Boher apprenait vite. Il s'efforça de trouver d'autres mots qui la feraient sourire. « Superbe », « Magnifique », « Petite princesse », « Ravissante ».
Pour terminer, Samia aida la fillette à enfiler la robe blanche, et noua la ceinture. Tessa se précipita pour aller la montrer à Boher.
Samia vit son visage s'adoucir tandis qu'il se penchait vers la petite fille, et la prenait doucement par les épaules.

B: Tessa, tu ressembles à un petit ange.

Sa voix bourrue, perçait d'émotion.
Tessa tournoya sur elle-même, se jeta à son cou, et lui donna un baiser sonore sur la joue. Finalement, elle retourna à la cabine en riant de plaisir. Samia resta immobile encore un instant, les yeux fixés sur Boher, puis emboîta le pas à l'enfant avant qu'il prenne conscience qu'elle l'observait.
En dépit de ses efforts, Samia dut se rendre à l'évidence, Tessa ne voulait pas retirer la robe. Pour une enfant qui ne parlait pas, elle se faisait très bien comprendre.
Boher ne parut pas s'en émouvoir. En fait, en levant les yeux vers lui, Samia crut voir une lueur briller dans son regard. Une lueur qu'elle n'y avait pas vue depuis longtemps, très longtemps.

Quand ils atteignirent la caisse, elle remarqua qu'il réglait tous les achats avec sa carte de crédit, à l'exception de la robe qu'il paya comptant. Elle comprit. La robe était un cadeau qu'il faisait à Tessa. Autrement dit, il savait que ce n'était pas une robe pour tous les jours.

Lorsqu'ils remontèrent en voiture, Boher se tourna vers la petite fille que Samia aidait à boucler sa ceinture.

B: Il me semble qu'une belle robe comme celle-là mérite une sortie. Si nous allions manger une pizza?
S: Boher! Ce n'est vraiment pas une tenue pour manger une pizza...

Comment aurait-il pu deviner que pendant qu'elle parlait robe et pizza, elle ne pensait qu'à lui, au goût de sa peau sous ses baisers?

B: Alors, rapportons-la au magasin! A quoi bon peut bien servir une robe si on ne peut pas manger de pizza quand on la porte?

Il lui souriait, elle soupira, tandis que Tessa s'évertuait à leur faire comprendre par signes qu'elle ne ferait pas de taches sur sa belle robe.

Ils roulaient depuis quelques minutes quand Boher toucha l'épaule de Samia. Elle se tourna vers lui et vit qu'il désignait le siège arrière.
Tessa, le nez collé à la vitre, regardait avec envie un terrain de jeu où s'ébattaient un groupe d'enfants joyeux et bruyants.
Boher avait déjà ralenti. Pas la peine de lui dire que la robe n'était pas faite pour ce genre de choses. Après tout c'était lui qui l'avait payée.

B: Hé! Regardez! Il y a justement une pizzeria en face.
S: Je vais aller chercher la pizza. Je vous rejoins.

Samia les regarda se diriger vers le square, la main dans la main, et eut soudain le cœur serré. Si tous c'était passé autrement...
Elle se secoua. Si elle avait tiré une leçon des épreuves qu'elle avait traversées, c'était qu'il fallait apprécier ce que la vie nous offrait. Ne pas gâcher l'instant en s'abandonnant à la nostalgie ou aux regrets.
En ce moment, la vie lui offrait une petite fille en robe blanche qui découvrait le monde. Et quelques instants avec Boher.
En attendant leur pizza, elle les observa de loin et se surprit à rire toute seule. Boher avait gravi l'échelle du toboggan qu'il dévalait avec Tessa entre ses jambes. Une fois en bas, il fit la course avec elle pour retourner à l'échelle.
Puis il poussa l'enfant sur la balançoire, et, très vite, il se retrouva en train de pousser les autres enfants, chacun à son tour. Par la porte ouverte de la pizzeria, Samia les entendait crier « Plus haut! »
« Encore plus haut! » de leurs voix suraiguës, tandis que leur mères levaient les yeux de leurs magazines et regardaient Boher d'un air à la fois indulgent et intéressé.
Chargée du carton à Pizza, elle traversa la route et gagna le terrain de jeu. A regret, Tessa adressa un signe d'adieu à ses nouveaux amis et la rejoignit en sautillant.
La robe était miraculeusement propre. De toute évidence, Tessa avait fait très attention de ne pas se salir en jouant.
Ils s'assirent tous les trois à l'ombre d'un énorme érable. Boher semblait à l'aise, détendu. Samia le vit rire aux efforts déployés par Tessa pour ne pas tacher sa robe. Cela faisait tellement longtemps qu'elle ne l'avait pas vu rire! L'émotion l'envahit soudain.
Elle se força à reporter son attention sur Tessa, qui mangeait sa pizza avec appétit. Quand elle eut terminée, elle se lécha consciencieusement les doigts et inspecta sa robe avant de lancer un regard envieux aux enfants qui jouaient plus loin.

B: Vas-y, ma puce. Moi je suis épuiser.

La fillette ne se le fit pas dire deux fois. Quand à Samia, si elle s'était inquiétée à la perspective d'un tête à tête, c'était pour rien. Boher s'étendit sur la pelouse, replia ses bras sous sa tête, et s'endormit presque aussitôt.
Elle le regarda et découvrit des cernes sous ses yeux qu'elle n'avait pas remarqué auparavant, trop fascinée pat l'intensité de son regard. Ce fut alors que la tentation s'empara d'elle.
Et si elle lui donnait un baiser? Juste un petit baiser sur la joue...Il ronflait doucement, il était épuisé. Il ne le saurait jamais.
Samia jeta un coup d'œil furtif autour d'elle. Tessa était totalement absorbée par son jeu. La tentation se fit plus forte.
Elle contempla la courbe de son cou, sa mâchoire résolue, remarqua de nouveau les traces de fatigue sous ses yeux. Il avait maigri. Sans doute mangeait-il toujours sur le pouce, n'importe quoi, des conserves ou du surgelé. Il semblait si vulnérable, allongé-là, près d'elle...
Alors elle céda, caressa ses cheveux soyeux du bout des doigts, regarda sa poitrine s'abaisser et se soulever à un rythme régulier. Aucun doute, il dormait profondément. Il ne s'apercevrait de rien. Elle effleura sa joue d'un baiser.
Quand il l'avait quittée, Samia avait cru mourir de chagrin. C'était le coup de grâce pour son cœur déjà brisé.
Même si elle l'aimait toujours, elle ne pouvait prendre le risque de s'infliger de nouveau une telle souffrance.
Lorsqu'elle se pencha vers lui et pressa ses lèvres contre les siennes, elle se promit qu'il s'agissait d'un geste d'adieu.
Le goût des lèvres de Boher était le même qu'autrefois, un goût fort et mystérieux. Elle se souvint que même lorsqu'il dormait, autrefois, il répondait à ses baisers.
Parfois, après une nuit de service, elle entrait sur la pointe des pieds dans la chambre où il dormait, et lui volait un baiser. Ses lèvres s'abandonnaient aux siennes, douces, soumises.
Exactement, comme maintenant...
Samia accentua son baiser, en se disant que c'était la dernière fois.
Soudain, elle tressaillit. Boher s'était réveillé, et ses yeux noisettes, à la fois ensommeillés et pleins de désir, étaient fixés sur elle.
Elle l'entendit murmurer:

B: Samia.

Elle rougit violemment, et se détourna aussitôt, envahie par la gêne. Puis elle feignit de regarder les enfants qui jouaient, ses ongles, le bout de ses pieds...
Il ne dit rien. Ne posa pas de question, ne bougea pas.
Quand Samia osa enfin relever la tête, Boher avait refermé les yeux et respirait régulièrement, comme s'il s'était rendormi.
Comme si ce baiser n'avait eu aucune importance pour lui...
A moins qu'il n'ait vraiment dormi tout au long?
Samia fit ce que toute femme bouleversée aurait fait: elle engloutit les trois dernières parts de pizza et s'efforça de ne plus le regarder.
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lucky

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 3:45

Cette suite est encore une pure merveille tout droit sortit
de ton imagination, et quelle imagination.
Enfin Boher retrouve petit à petit le goût de la vie, ce n'est pas
trop tôt. Tessa force Boher sans le savoir à faire des choses
qu'il ne se pensait plus capable de faire, ni même qu'il avait
envie de faire. Mais auprès de Tessa et de Samia, il est capable
de tout. Et puis le baiser timide que Samia donne à Boher
est merveilleux. Elle dit que c'est un adieux, mais c'est
plutôt un signe de renouveaux, de recommencement, mais
cette fois si sans les erreurs qui les ont fait souffrir tout les
deux. Je pense que Boher va tout doucement s'ouvrir pour la
première fois à Samia, il va lui avouer ses sentiments, ceux
qu'il n'a jamais réussit à dire.


C'est magnifique et vraiment très bien écrit.
J'ai hâte de lire une suite à cette fic plus que parfaite
et très émouvante.

bravo respe
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RevesBS



Age : 29
Date d'inscription : 07/11/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 4:53

Merci beaucoup Lucky!

Boher était fatigué. Il lui semblait que cela faisait des jours qu'il n'avait pas dormi. Des semaines. Des mois. Comme si son coeur l'avait attendue pour se détendre, se reposer.
Samia.
Il rêvait de ses lèvres – chaudes, douces, sensuelles...-posées sur sa joue, sa bouche et s'était détendu. Enfin. Tout son univers s'était reconstitué. Samia l'aimait.
Puis la sensation pénétra le nuage de fatigue et, soudain, il comprit qu'il ne s'agissait pas d'un rêve.
Samia l'embrassait.
Il ouvrit les yeux. Elle était penchée sur lui, ses cheveux soyeux lui chatouillaient le cou, effleuraient sa joue. Ses seins frôlaient sa poitrine à chaque inspiration. Il sentit son pouls s'accélérer.
En prenant brusquement conscience qu'il avait ouvert les yeux, elle s'était rejetée en arrière, rougissante, et avait replacé ses cheveux derrière ses oreilles.
Ainsi, il n'avait pas perdu le pouvoir de la faire rougir...Il se souvint de leurs premiers baisers, de leur première nuit...
Elle regardait ailleurs à présent, comme s'il ne s'était rien passé, comme si elle ne lui avait pas volé un baiser. Elle semblait incroyablement gênée, coupable.
Il mourait d'envie de mettre la main sur sa nuque, de l'attirer vers lui, de se perdre de nouveau dans l'ivresse de ses baisers.
Pour échapper à la douleur qu'il éprouvait soudain, il referma les yeux. Il se sentait si désespérément seul! Sa vie sans Samia ressemblait à un désert aride. Le soleil, sa raison de vivre l'avait quitté.
S'il l'embrassait de nouveau, il aurait, pendant un instant, l'illusion que tout était comme avant.
Peut-être que cet instant-là lui réchaufferait le cœur pour un jour, un mois, un an...ou alors il se briserait en mille morceaux. Il banda ses muscles pour résister. Résister au désir de la prendre dans ses bras, de la couvrir de baisers, jusqu'à ce que la passion les emporte, jusqu'à ce qu'elle soit à bout de souffle et qu'elle ait tout oublié.
Oublié qu'il l'avait abandonnée au moment où elle avait le plus besoin de son soutien. Qu'il n'avait pas été l'homme qu'elle méritait.
Le problème, c'est que même si elle pouvait éventuellement l'oublier, lui ne pourrait jamais se le pardonner.
Il se souvient brusquement des paroles qu'elle avait prononcées sur la route. Il se redressa. La meilleure chose à faire était de prendre ses distances, et de ramener Samia chez elle le plus vite possible.
Ses yeux s'arrêtèrent sur la chemise blanche de Samia. Elle ne la portait pas ce matin, songea-t-il. Non, elle portait un débardeur noir à bretelles, très sexy, et elle n'avait qu'un sac minuscule. Sa chemise ne venait pas de là. Elle l'avait probablement achetée en faisant les courses avec Tessa.
Lui avait-il lancé des regards trop brûlants? Avait-elle voulu se protéger? En ce cas, pourquoi l'aurait-elle embrassé? Parce qu'elle était ainsi, se dit-il. Pleine de contradictions. Raisonnable, sensuelle, prévisible et imprévisible en même temps.
Autant voir les choses en face. Il jouait avec le feu depuis la minute où il avait cédé à la tentation de frapper à sa porte avec une petite fille endormie dans sa voiture.
A présent il fallait qu'il soit raisonnable pour deux. Il la ramènerait chez elle, et ce serait fini. Plus de sorties, plus de courses. Cette expédition à trois avait été de la folie pure et simple.

B: Nous devons rentrer. J'ai du travail.

Il devait se montrer froid; il ne voulait pas que Samia sache l'effet qu'elle produisait sur lui.
Elle gardait les yeux obstinément baissés.
Produisait-il aussi un effet sur elle? Se demanda-t-il avec stupeur.
Bien sûr, il aurait pu lui demander pourquoi elle l'avait embrassé. Lui expliquer ce qu'il ressentait, combien il était troublé, confus, désemparé...
Avant qu'il ait eu le temps de formuler ses pensées, elle se leva et se dirigea vers le terrain de jeu.

S: Tessa! Il est l'heure de partir, ma puce.

Boher les regarda revenir vers lui, main dans la main. L'espace d'une seconde, il eut l'impression que l'air lui manquer.
Sa vie aurait pu être ainsi.
Si seulement...
Cette pensée l'anéantit. S'il avait été là. S'il avait su la protéger.
Et plus tard, s'il n'avait pas essayé de dominer son chagrin en se montrant fort... Finalement, il s'était effondré sous le poids de tout ce désespoir qu'il taisait. Il s'était réfugié dans l'alcool. Quatre mois durant.
Quatre mois. Samia avait supportait la situation plus longtemps qu'elle ne l'aurait dû. Il était parti pour son bien. Elle l'ignorait, à l'époque, mais sans doute l'avait-elle deviné à présent.
Que se serait-il passé s'il avait eu le courage de lui parler, de briser le mur de sa prison silencieuse comme elle l'avait suggéré tout à l'heure? Les choses se seraient-elles mieux terminées s'il avait été capable d'avouer sa peur, d'apprendre à compter sur quelqu'un d'autre que lui-même?
Il ne le saurait jamais.
Boher se força à prendre une profonde inspiration. A se concentrer sur ce qui l'entourait, la chaleur de l'air, le parfum de l'herbe coupée, le chant des oiseaux, les cris joyeux des enfants qui couraient dans le square.
Il devait se concentrer sur Tessa. Découvrir d'où elle venait, qui elle était. C'était une tâche qu'il pouvait assurer. Il regarda l'enfant avec attention. Une grosse tache maculait le devant de sa robe. Il savait bien que ce n'était pas une robe appropriée pour jouer dans un square, mais il savait aussi que ce qu'il en était d'être un enfant pauvre qui n'a jamais rien possédé de beau.
Tessa souriait en s'approchant de lui. Qu'avait-il fait pour mériter une telle confiance de sa part? Se demanda-t-il avec émotion. Soudain, elle baissa les yeux sur sa robe et son sourire s'évanouit. Elle s'arrêta et regarda tour à tour Samia et Boher d'un air anxieux.
Puis elle se mit à pleurer.
Brusquement, pour Boher, l'homme qu'il avait été quelques mois plus tôt, ou quelques années plus tôt, n'eut plus la moindre importance. Seul comptait celui qu'il choisissait d'être à cet instant.
Il s'avança vers Tessa et lui releva doucement le menton.

B: Ne t'inquiète pas. On la lavera, et ça ne se verra plus.

Secouée par les sanglots, elle fit non de la tête, refusant son pardon, et se mit à frotter sa robe tant bien que mal pour essayer de faire disparaître la tache.

B: Ma puce, ce qui compte, c'est toi. Ce n'est pas la robe.

Il la souleva et sentit qu'elle nouait les bras autour de son cou. Des larmes coulèrent à l'intérieur de sa chemise. Le cœur serré, il regarda Samia. Ses yeux étaient pleins de tendresse, comme autrefois.
Il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il était déterminé à aller de l'avant. Il sourit à Samia, timidement.
Elle se détourna aussitôt, mais il eut le temps d'apercevoir une imperceptible lueur dans ses yeux. Une lueur d'espoir.

Sur le chemin du retour, il laissa à Samia le soin d'entretenir la conversation. Devant ses réponses monosyllabiques et le silence de Tessa, elle ne tarda pas à renoncer.

S: Aimes-tu chanter, Tessa? Je connais de très jolies chansons.

Les souvenirs défilèrent dans l'esprit de Boher. Quelques mois plus tôt, lorsqu'il rentrait tard du travail, il avait plusieurs fois surpris Samia en train de chanter des berceuses les mains posées sur son ventre. Pas seulement des berceuses, mais aussi des chansons d'amour, des chansons que sa mère lui chantait petite.
Comment pouvait-elle chanter avec autant de gaieté? Se demanda-t-il. Ne partageait-elle pas les mêmes souvenirs que lui?
Il la regarda. Ses yeux n'étaient pas aussi joyeux que sa voix. Elle faisait semblant d'être heureuse, pour Tessa. Et chanter était préférable à l'évocation du passé...
Soudain, il perçut un léger bruit venant de l'arrière. Tessa fredonnait! Boher oublia qu'il n'avait jamais aimé chanter. A la stupéfaction de Samia, il reprit le refrain avec ardeur, et fut étonné de constater qu'il connaissait les paroles. Tout en chantant, il se concentrait pour entendre la voix de l'enfant. Celle-ci fredonnait à présent sans retenue, persuadée sans doute que les voix plus fortes des adultes couvraient le bruit de la sienne. Samia et lui échangèrent un regard et continuèrent à chanter.
Au bout d'un moment, les paupières de Tessa se fermèrent et elle sombra dans le sommeil.

S: Elle chantait.
B: Je sais.
S: Qu'allons-nous faire?
B: Soyons patient. Laissons-lui du temps. Elle nous parlera quand elle sera prête.
S: Tu n'as jamais été patient.

Elle se mit à rire.

S: Et je ne savais pas que tu chantais.
B: Je ne suis pas la même personne qu'autrefois.

Il lui avait répondu froidement, espérant ainsi lui faire comprendre qu'il ne souhaitait pas poursuivre cette conversation.

S: Veux-tu dire que tu as changé en bien ou en mal?

Il soupira, à la fois agacé et soulagé qu'elle ne lui cède pas.

B: Je l'ignore...Et toi, Samia? As-tu changé?
S: Je suppose. Je suis plus réfléchie, peut-être. Plus sage.

Le silence s'installa entre eux. Il s'enjoignit de ne pas lui poser la question, mais les mots jaillirent malgré lui.

B: Ce docteur dont tout le monde parle...es-tu amoureuse de lui?
S: Oh! Jp...
B: Oui ou non?
S: Et si cela ne te regardait pas?

Il éprouva un soudain sentiment de satisfaction. Elle n'était pas amoureuse du docteur.
Sa satisfaction dura environ trois secondes.

S: Je ne cherche pas la passion, Jean-Paul. Je veux de l'affection, de la tendresse. Un homme qui entoure mes épaules d'une couverture si je m'endors en regardant la télé. Un homme qui s'émerveille avec moi de la présence d'un nid dans le sapin...

Boher regarda droit devant lui. Comme si elle ou lui s'étaient jamais endormis devant la télévision! Songea-t-il. Ils ne la regardaient jamais. Ils jouaient à cache-cache dans la maison, hurlaient de rire, et s'endormaient dans les bras l'un de l'autre sur le tapis du salon.
Voulait-elle vraiment observer les oiseaux?
Pourquoi éprouvait-il une telle colère? Samia voulait quelqu'un avec qui partager sa vie. Rien de plus normal. Alors?
Elle se contentait d'un pis-aller, voilà ce qui était insupportable. Elle se contentait de la médiocrité alors qu'elle méritait l'extase. De la terre alors qu'elle méritait les étoiles. De la tranquillité au lieu du bonheur!
Quels que soient les sentiments qu'il éprouvait à son égard, Boher en pouvait la laisser commettre une erreur aussi monumentale. Il envoya au diable l'idée qu'il devait rester sur le plan professionnel.
Lentement, il se gara sur le bas-côté et coupa le moteur.

S: Quelque chose ne va pas?
B: Mmm.
S: Quoi?

Sans répondre, il ouvrit sa portière et descendit de voiture, conscient qu'elle le suivait du regard, perplexe. Il fit le tour du véhicule, ouvrit la portière de Samia et recula d'un pas.

B: Descends!

Elle le regarda avec stupeur, ouvrit la bouche, se ravisa et finalement obtempéra.
D'un geste lent et délibéré, les yeux fixés sur elle, il referma la portière.

S: Boher?

Il se pencha vers elle. A la lueur qui traversa son regard, il sut qu'elle avait deviné ce qu'il allait faire. Elle se figea comme une biche aveuglée par les phares d'une voiture. Il prit la possession de ses lèvres. Son baiser ne ressemblait pas à celui qu'elle lui avait donné. Il n'était ni doux, ni discret, ni innocent, mais profond, exigeant, passionné. Sincère. Il révélait tout ce que Boher éprouvait, tout ce qu'il avait désespérément tenté de cacher.
Quand il glissa les mains dans le creux de son dos et attira Samia contre lui, elle ne résista pas. Ses lèvres s'entrouvrirent et il savoura le goût de sa bouche fraîche et fruitée.
Comment un simple contact pouvait-il provoquer en lui un tel incendie? Une vague de chaleur intense se répandit dans tout son corps.
Elle gémit doucement quand il retira ses lèvres pour explorer la douceur de ses paupières, de ses tempes, de son cou, avant de descendre le long de l'échancrure de sa chemise.
Elle lui avait tant manqué! Jamais il ne la laisserait partir. Jamais. Il allait l'allonger dans l'herbe...
Il entendit vaguement le bruit d'un moteur qui approchait, songea vaguement qu'il ne pouvait décemment pas faire l'amour à Samia dans l'herbe le long d'une route, alors qu'il était en uniforme et qu'une petite fille dormait sur la banquette arrière de sa voiture. Ces pensées lui firent l'effet d'une douche froide.
Un coup de Klaxon, long, strident, agressif, acheva de le dégriser.
Il se dégagea de leur étreinte juste à temps pour voir s'éloigner la voiture noire de Marie.
Samia étouffa un cri et repoussa violemment Boher avant de reculer d'un pas, tout en lui décochant un regard foudroyant.

S: Comment as-tu pu...

Sa voix était furieuse, mais ses yeux brûlaient de désir. Il retint un sourire.

B: Ne me provoque pas, sinon je recommence.
S: Pourquoi?

Elle se frottait les lèvres vigoureusement, comme pour se convaincre qu'elle n'avait pas participé.
Il croisa les bras sur sa poitrine.

B: C'est toi qui as commencé.
S: Certainement pas!
B: Sans blague? Et comment décrirais-tu ce qui s'est passé au square?
S: Ce n'était rien. Je... je voulais te dire au revoir.

Il eut l'impression qu'on lui transperçait le cœur. Au revoir?

B: J'aurais juré que me l'avais déjà dit. Il y a plusieurs mois.
S: Il me semble plutôt que c'est toi qui l'as dit.

Boher hésita. Se quereller à propos du passé ne menait à rien. Pas plus que l'embrasser.

B: Je voulais te rendre service. C'est pour ça que je t'ai embrassé. Pour être sûr que tu ne te contenteras jamais d'un pis-aller. Tu sais ce que ce baiser m'a appris?

Elle n'allait certainement pas le lui demander! Elle feignit de s'intéresser à ses chaussures, et puis au camion qui les doublait en klaxonnant, lui aussi.

Boher fit un pas vers elle, et Samia leva les yeux, comme il l'avait prévu.

B: Que malgré tes extérieurs collet monté, tu n'as pas changé du tout!
S: C'est faux! Et je ne suis pas collet monté! Absolument pas!

Il haussa les épaules et remonta en voiture, puis se pencha et lui ouvrit la portière. Après une hésitation elle remonta à son tour.

S: Ne me touche pas!

Il démarra la voiture et s'engagea de nouveau sur la route. Tessa dormait toujours.
Un silence tendu régna entre eux jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'à quelques kilomètres de chez Samia.

S: Qui a klaxonné, tout à l'heure, en passant?
B: Tout de suite, là?
S: Non. Là-bas!

Il ne put que réprimer un sentiment de satisfaction à la pensée qu'elle avait été trop prise par le feu de l'action pour identifier la voiture qui passait.

B: Marie.
S: Marie...

Du coin de l'œil, il la regarda, elle semblait horrifiée.

S: Demain, toute la ville sera au courant!...Jean-Paul?
B: Mmm?
S: Ne gâche pas ma vie. Je t'en prie...

Sa voix était faible, étranglée, et soudain Boher eut honte de lui. Il ne pouvait lui donner ce qu'elle désirait; il l'avait trahie. Il fallait vraiment qu'il soit le dernier des égoïstes pour se mettre en travers de son chemin.
Elle l'avait rendu fou. Il le savait, et c'était précisément pour cette raison qu'il s'était efforcé de l'éviter ces derniers mois.
En sa présence, il se sentait impuissant face au désir qu'elle lui inspirait, à son cœur qui se mettait à battre à tout rompre. Il méprisait sa propre faiblesse plus que toute autre chose.

B: Très bien.

La gorge nouée par l'émotion, il s'entendit acquiescer et se demanda pourquoi ces simples paroles le déchiraient à ce point.
Aurait-il donc, envers et contre tout, gardé au fond de lui l'espoir de la reconquérir?
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Pam

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 10:45

j'aime beaucoup

vivement la suite
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tam



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Age : 43
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 11:57

C'est absolument magnifique !!!! rien d'autre à ajouter : les mots me manquent
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amatxi
brigade de surveillance
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Age : 63
Localisation : ile de france
Date d'inscription : 24/10/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 12:49

REVES !!!

depuis le début , en lisant ton histoire , j'ai les yeux qui piquent et la gorge serrée ....et j'ai beau cliquer , il n'y a plus de suite ....je sais qu'écrire n'est pas facile et prend du temps , mais comme il me tarde d'avoir encore les yeux qui piquent si tu savais !!!


quand on est aimé on ne doute de rien ,quand on aime on doute de tout.
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minicalimero

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Date d'inscription : 14/12/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 13:55

z'ai la gorge toute serré, bon jessaye dit voir un peu clair, aparement samia a etait enceinte, mais ou est le bebe? elle la perdu? ils ont sombre et pf fini?
j'aime vraiment beaucoup ta fic, j'ai hate de decouvrir la suite
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   

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