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 Un enfant à aimer {Terminée}

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minicalimero



Date d'inscription : 14/12/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 13:55

z'ai la gorge toute serré, bon jessaye dit voir un peu clair, aparement samia a etait enceinte, mais ou est le bebe? elle la perdu? ils ont sombre et pf fini?
j'aime vraiment beaucoup ta fic, j'ai hate de decouvrir la suite
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Nanou

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Age : 59
Localisation : Lyon
Date d'inscription : 08/09/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 14:28

je sais que je me repete mais
elle est magnifique ta fic
supplication


chouchou para sempre

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aphrodite
brigade de surveillance
brigade de surveillance
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Age : 44
Localisation : Val de Marne
Date d'inscription : 25/10/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 17:18

j'ai la bule au ventre et je crois qu'heureusment je suis au boulot en te lisant sinon les larmes couleraient
tout est magnifique, cette tension, ce désir qu'il y a entre eux
la tendresse de boher envers Tessa

les chapitres sont tous beaux et on ne voudrait pas que cela s'arrête, j'aimerais te lire tout le temps

je suis impatiente de lire la suite


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marion

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Age : 37
Localisation : la dreamroom du gd nord
Date d'inscription : 11/07/2009

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 1 Avr - 23:04

Comme les autres mamzelles, je ne saurais faire que te féliciter, te dire que cette fic est une pure merveille. Tu es bourrée de talents et tu mérites des applaudissements.
prosterne love et coeur I love you sunny drunken c'est tout ça à la fois. Et je suis bounce de te study


[i]L'amour dure autant que durent les reproches (prov arabe)
Quand on est aimé, on ne doute de rien. Quand on aime, on doute de tout (Colette)
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lucky

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Age : 28
Date d'inscription : 29/12/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Ven 2 Avr - 2:55

C'est à chaque fois un grand bonheur de te lire. Au contact
de Tessa Boher redevient celui qu'il était avant, un homme
sensible. Il est doux, tendre et protecteur avec Tessa, il ne
supporte pas de la voir triste, il ne sait que trop bien ce
qu'elle ressent. Enfin il a osé se saisir des lèvres de Samia,
enfin il a laissé parlé son coeur. Il a compris que rien n'était
fini, mais que tout était à reconstruir. Il doit tout d'abord
retrouver la confiance de Samia, il doit s'ouvrir à elle, la
rassurer pour qu'elle comprenne que plus jamais il ne la laissera
seule. C'est émouvant quand Samia dit à Boher "ne gâche pas ma
vie. Je t'en prie." Elle l'aime, plus que tout, mais pour
l'instant elle n'a pas la force d'avancer avec lui, elle veut
juste une vie simple avec quelqu'un. Elle a tellement souffert
de sa rupture avec Boher qu'elle ne cherche que de l'affection et
de la tendresse auprès du docteur, elle ne cherche pas l'amour,
parce qu'elle l'a trouvé, parce qu'elle n'en aime qu'un et
qu'elle n'en aimera rien qu'un. Elle attend que Boher lui montre
toute la peine qu'il a, qu'il lui explique combien il souffre et
qu'il lui dise pour la première fois ce qu'il ressent pour Samia.

Ta fic est passionnante et très prenante.
C'est écris avec beaucoup de talent.
J'ai hâte de pouvoir lire une fois encore une suite
tout droit sortit de ta plume. Tout est écrit avec justesse
et un talent plus que certain.

J'adore cette fic, j'ai hâte de lire une autre suite.

bravo respe
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Lia

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Age : 24
Date d'inscription : 25/03/2009

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 4 Avr - 18:59

Eloïse ayant des problèmes de connection, m'a demandé de mettre la suite de sa fic. Elle vous remercie pour vos messages qui lui font très plaisir et essaiera si elle le peux, de mettre une autre suite dans la soirée. Bonne lecture.Bisous.


Assise sur la balancelle du porche, Samia contemplait le jardin, en se disant qu'elle avait rarement vu une matinée aussi belle. Le soleil faisait scintiller l'herbe de milliers de gouttes de rosée, et les tulipes et les jonquilles se balançaient gracieusement au gré de la brise printanière.
Fière comme un paon dans ses vêtements neufs, Tessa tenait un petit panier et coupait avec soin les plus belles fleurs afin de les apporter à la grand-mère de Boher, chez qui elle devait aller passer la journée. Le soleil jouait sur ses cheveux, ses joues rondes, ses petits bras minces.
Samia sourit. Depuis quand contemplait-elle le monde qui l'entourait avec un tel émerveillement? Serait-ce par hasard depuis qu'elle avait échangé un baiser avec Boher, au bord de la route, quelques jours plus tôt?
La berline blanche d'Alexis s'engagea dans l'allée et Samia ne put s'empêcher de se dire que c'était une voiture de retraité. Curieux que cette pensée ne lui soit jamais venue à l'esprit avant!
Elle avait pourtant apprécié le luxe des profonds sièges en cuir bordeaux, et s'était sentie en sécurité dans cette voiture fiable, conduite par un homme calme et raisonnable. Le contraire de Boher.
Alexis descendit du véhicule et referma la portière posément. Sans bruit. Il tapota affectueusement le rétroviseur, puis se tourna et s'avança vers Samia.
Il était plutôt belle homme, sans être aussi musclé, ni aussi viril que Boher, bien sûr. Pas le genre d'homme à qui les vendeuses de supermarché font des propositions indécentes...
Samia se secoua mentalement. Allait-elle comparer chaque homme qu'elle rencontrerait à Boher? Au moment de sa rencontre avec Alexis, elle croyait pourtant avoir enfin dépassé ce stade.
Le Docteur Keller était merveilleusement ordinaire. Ses cheveux commençaient à grisonner et lui donnaient un air distingué. De grande taille et de carrure moyenne, il avait des traits réguliers, des yeux verts pleins de gentillesse. Même lorsqu'il s'habillait simplement, il possédait une certaine classe.
Ce matin, il portait un pantalon beige au pli impeccable et une chemise marron .
Boher avait-il jamais porté un pantalon beige? La pensée fit sourire Samia malgré elle. Quand ils vivaient ensemble, sa garde robe se limitait à des jeans, des T-shirts, et quelques chemises. Les choses avaient-elle changé?
Samia secoua la tête. Pas question de laisser Boher s'immiscer entre Alexis et elle! Tout en se levant pour aller à sa rencontre, elle ne put s'empêcher de penser que son pantalon de toile crème et son sage chemisier assorti s'assortissaient à la tenue de son compagnon. Il monta les marches, et lui prit les mains avant de déposer un baiser affectueux sur sa joue. Pas question non plus de comparer cela au baiser de Boher. Non! Cependant, le simple fait que ce baiser venait de lui traverser l'esprit signifiait qu'elle n'avait pas réussi à écarter Boher de ses pensées pendant plus de trente secondes.

A: Vous êtes ravissante, comme toujours. Êtes vous prête? La vente aux enchères commence à 10 heures. Et on m'a parlé d'une auberge pittoresque où l'on peut déjeuner en terrasse. J'ai réservé une table.

Boher était-il donc parvenu à ses fins? Il y a quelques jours, ce projet de sortie aurait enchanté Samia. A présent, elle se sentait vaguement insatisfaite.

S: Ce sera...parfait. Tessa?

La petite fille arriva en sautillant, son panier débordant de fleurs. Elle s'arrêta à la vue du Docteur et baissa timidement les yeux.

A: Vient-elle avec nous?

Samia lui jeta un coup d'œil. Manifestement, cette perspective l'inquiétait, même s'il faisait de son mieux pour ne pas le montrer.

S: Non. Nous allons la déposer chez Elisabeth Boher.

Le soulagement qui traversa le visage d'Alexis fut de courte durée.

B: Boher...Comme le nom de votre ex-compagnon?
S: Oui. Bethy est sa grand-mère.

Il parut sur le point d'ajouter quelque chose, mais se ravisa.

A: Bien. Si nous y allions?

Samia crut déceler une certaine tension dans sa voix. Non, elle devait se tromper. Il sourit chaleureusement à Tessa et la complimenta pour son bouquet. Puis il lui ouvrit la portière arrière et l'aida à boucler sa ceinture. Après lui avoir recommandé de faire attention aux fleurs, il contourna le véhicule pour venir ouvrir la portière de Samia.
Ce qu'il fit avec panache, en inclinant légèrement la tête.
Non, il n'était pas prétentieux. Certainement pas. Oh! Elle tuerait Jean-Paul Boher quand elle le reverrait! Comment avait-il pu flétrir tout son univers?

A: J'ai un nouveau CD. Écoutez. Tchaïkovski.

Alors qu'il mettait la musique en route, Samia jeta un coup d'œil derrière elle. Tessa se bouchait les oreilles.

Quelques minutes plus tard, ils se garaient devant chez Elisabeth Boher. Le jardin était vaste, la maison minuscule, et l'ensemble paraissait joli et propret. Les volets étaient fraîchement repeints, les parterres fleuris, les arbustes taillés, la pelouse tondue de près.
A quatre-vingt-un-ans, Bethy ne faisait certainement plus tout ce travail elle-même. Boher s'en chargeait.

A: Cela ne vous ennuie pas si j'attends dans la voiture?

Sans attendre de réponse, il se renfonça dans son siège, sa main droite agitant une baguette de chef d'orchestre imaginaire au rythme de la musique.

S: Pas du tout.

Samia fit descendre Tessa et son bouquet de fleurs, et s'avança vers la maison. Une foule de souvenirs défilèrent devant ses yeux. Des souvenirs de déjeuners en famille, de pique-niques avec les voisins, d'Elisabeth venant à sa rencontre le sourire aux lèvres.

E: Bonjour vous deux!

Elle leva les yeux. Bethy les attendait à l'ombre du porche. Elle descendit les marches, ses yeux pétillant de gentillesse rivés sur Tessa. De même taille que Boher, elle avait les cheveux blancs coupés court, et sa robe à fleurs était recouverte d'un tablier blanc.
Bien sûr, Samia et elle se voyaient de temps à autre. Si elles se rencontraient en ville, elles allaient boire un thé ensemble. Elisabeth avait apporté des boutures à Samia quand elle avait finit la restauration de la maison. Samia lui téléphonait pour son anniversaire, et lui faisait livrer des fleurs pour la Fête des Mères.
Néanmoins, par un accord tacite, Samia ne venait plus chez Bethy. Elles savaient toutes les deux que Boher avait besoin d'elle, qu'elle était son soutien, sa planche de salut. Sa grand-mère l'aidait en l'encrant dans la réalité, en lui imposant des responsabilités pour qu'il cesse, ne serait-ce que momentanément de penser à son chagrin.
Toutes deux savaient que si Samia avait continué à venir comme par le passé, Boher aurait mis fin à ses visites chez sa grand-mère.
Les deux femmes s'étreignirent longuement. Puis Bethy recula d'un pas et posa les mains sur les joues de Samia.

E: Tu es superbe.
S: Merci.

La vieille dame tourna son attention vers l'enfant.

E: Tu dois être Tessa. Mon vaurien de petit-fils m'a beaucoup parlé de toi.

Tessa fit les yeux ronds en entendant qualifier Boher de vaurien. Elle lui tendit timidement son panier.

S: Ma puce, je te présente la grand-mère de Jean-Paul, Bethy.
E: Tu peux m'appeler Mamie.
S: Elle ne parle pas.
E: Bien sûr que si! Elle a seulement besoin de trouver quelqu'un à qui elle aura envie de parler. Et ce sera certainement moi!

Elle huma les fleurs avec délice, s'extasiant sur leur beauté. Quand elle releva la tête, elle regarda un instant par-dessus l'épaule de Samia.

E: Quelle belle voiture! C'est ton nouveau prétendant?

Samia jeta un rapide coup d'oeil derrière elle. Alexis semblait occupé à chasser des mouches, gesticulant des deux mains pour accompagner la musique.

S: Mmm. Oui.

Elisabeth la gratifia d'un regard qui en disait long, puis se tourna vers la fillette.

E: Viens. Nous avons beaucoup à faire, aujourd'hui. Jean-Paul va bientôt arriver, et il aime les cookies. Je les ai déjà fait cuire, mais il faut encore les décorer, et tu m'as l'air d'une petite fille qui sait décorer les cookies. Pas vrai?

Tessa acquiesça d'un air incertain et mit sa main dans celle de la veille dame.

E: Je le savais. Et puis, nous avons des fleurs à planter. Tu aimes les pétunias?

L'enfant hocha solennellement la tête, en dépit du fait qu'elle n'avait probablement pas la moindre idée de ce à quoi ils ressemblaient.

E: Amuse-toi bien, Samia!

Elisabeth s'éloigna, se dirigeant vers la maison, Tessa gambadant gaiement devant la veille dame.
Soulagée de voir qu'elles allaient bien s'entendre, Samia se retourna vers Alexis, toujours absorbé pas sa musique. Penché en arrière, les yeux clos, il dirigeait l'orchestre symphonique de Londres avec une ferveur enthousiaste, secouant la tête si vigoureusement que son crâne dégarni apparaissait ici et là.
Priant pour que Boher ne fasse pas son apparition maintenant, Samia ouvrit la portière et s'assit, non sans éprouver un sentiment aigu de regret à la pensée qu'elle aurait pu passer l'après-midi ici à faire des cookies et à jardiner.
Alexis entrouvrit un œil et la regarda, puis se redressa et mit le contact.
Samia se força à lui sourire.
Ils étaient sur le point de partir quand la voiture de Boher déboula au coin de la rue. Il se gara devant chez sa grand-mère, sortit et claque la portière.
Samia réprima son envie de le regarder, mais elle remarqua néanmoins qu'il portait un jean délavé presque blanc et un T-shirt qui révélait parfaitement tous les muscles de ses bras. Ces bras qui l'avaient tenue quelques jours plus tôt...

A: Est-ce lui?
S: Qui?

Le Docteur lui lança un regard légèrement agacé.

A: Votre ex-compagnon?
S: Oui. C'est lui.
A: Mon Dieu! Une montagne de muscles!

Comme si être fort et musclé était une mauvaise chose, songea Samia, agacée à son tour.
Alexis changea habilement de sujet.

A: Bien. Sommes-nous à la recherche de quelque chose en particulier, aujourd'hui?

Elle répondit sans le moindre enthousiasme.

S: Je pensais à une commode. Peut-être dans le style Shaker.
A: Excellent! Je m'en réjouis à l'avance.

Il augmenta le son et se remit à battre la mesure en fredonnant. Avec un soupir, Samia se tourna vers la vitre.



A la vente aux enchères, elle eut du mal à se concentrer. Il y avait deux jolies commodes, mais elle ne s'y intéressa pas. En revanche, elle se surprit à regarder avec envie une poupée en porcelaine et un berceau.
Absolument pas le genre de jouets qui convenaient à Tessa; des jouets pour les yeux plutôt que pour les mains. Et pourtant...
L'auberge où Alexis l'emmena ensuite était charmante. Ils déjeunèrent sur une terrasse dallée qu'agrémentaient d'élégantes tables et chaises de jardin.
Le jeune homme fut intarissable sur le crachoir en bronze qu'il avait trouvé pour son bureau. Samia l'écouta d'une oreille, incapable de partager son enthousiasme pour l'objet en question. Celui-ci avait beau être d'une propreté irréprochable, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver vaguement répugnant.
Ses pensées retournaient sans cesse à Colmar. Elle se demandait ce qu'ils faisaient et imaginait Boher et Tessa, agenouillés côte à côte, en train de tasser la terre autour de leurs nouveaux plants.
Lorsqu'Alexis posa sa main sur la sienne, elle tressaillit.

A: Vous êtes un peu distraite aujourd'hui. J'étais certain que vous alliez acquérir cette commode, tout à l'heure
S: Je suis désolé. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Tessa.

Il ne retira pas sa main, mais se pencha vers elle.

A: Samia, j'espère que vous n'êtes pas en train de vous attacher à cette enfant.

Elle le dévisagea avec stupeur. Comment aurait-elle pu ne pas s'attacher à un enfant?

S: Que voulez-vous dire?
A: Seulement que vous avez déjà vécu...Si vous perdez cette petite fille, ce ne sera qu'une autre source de chagrin.

Consternée, Samia resta une seconde sans voix.

S: Je préfère penser à elle comme une source de joie.
A: Samia, j'apprécie le fait que vous ayez une nature romantique, mais je suis réaliste. Ma profession l'exige. Un jour ou l'autre, on va retrouver sa famille. Le genre de famille qui met une petite fille dans un train avec une étiquette sur ses vêtements...Et vous allez devoir la leur rendre.

Elle savait qu'il avait raison, mais ne pouvait s'empêcher de détester son pragmatisme. Pourtant elle sentit une vague de panique la traverser. Elle n'accepterait pas de rendre Tessa à n'importe qui. Boher devait le savoir quand il l'avait déposé chez elle...
Comme s'il lisait dans ses pensées, Alexis intervint.

A: Je m'étonne que votre ex-compagnon ait pu vous faire une telle chose. Il me semble que c'est un geste d'une rare indélicatesse. Mais je suppose que s'il n'avait pas de défauts, vous seriez toujours ensemble, n'est-ce pas?

Un bouffée de colère submergea Samia. Comment se permettait-il de juger quelqu'un dont il ne savait rien? Certes, Boher n'avait peut-être pas réfléchit au tour que prendraient les évènements. Il avait tout simplement agi en faisant passer en priorité les besoins de l'enfant. Comme il avait toujours considéré les besoins des autres avant ses propres besoins...
Elle se souvint brusquement du jour où Harry Simon, décidé d'en finir avec la vie, avait grimpé au sommet du château d'eau et menacé de se jeter dans le vide. Perché sur l'échelle de secours, à trente mètres du sol, Boher s'était agrippé aux chevilles d'Harry et lui avait parlé avec un calme incroyable.

B: Ok, Harry. Vas-y saute. Mais tu m'emmènes avec toi. Et je veux que tu te souviennes que ma femme est en bas.

Samia avait été terrifié. Plus tard, Boher s'était contenté de hausser les épaules en expliquant:

B: Harry est quelqu'un de bien. Il n'allait pas bien, c'est vrai et il aurait peut-être été capable de sauter, mais je savais qu'il ne voudrait pas me tuer aussi.

Le courage de Boher avait toujours été un aspect de son caractère que Samia aimait, admirait et détestait tout à la fois.

S: Je veux espérer que ce que j'ai vécu n'a pas fait de moi une personne qui a peur de s'attacher à une petite fille ayant besoin d'aide. Peut-être que Tessa ne sera plus là la semaine prochaine. Peut-être même qu'elle ne sera plus là demain. Mais aujourd'hui, elle a besoin de moi. Elle a besoin de mon affection. Et c'est pour cette raison que Jean-Paul me l'a emmenée.
A: N'avait-il aucune arrière pensée?
S: Que voulez-vous dire?
A: J'ai entendu une rumeur, la semaine dernière.

En voilà une surprise! Songea Samia. Le baiser échanger au bord de la route devait être au centre de bien des commérages. On pouvait toujours faire confiance à Marie pour ce genre de chose.

S: Vraiment?

Alexis paraissait mal à l'aise.

A: Une rumeur selon laquelle Jean-Paul et vous seriez...euh...proches.
S: Et vous voudriez que je commente ces...rumeurs?
A: Non. Bien sûr que non! Je suppose que je voudrais juste savoir à quoi m'en tenir.

Après une pause, il reprit parole.

A: L'aimez-vous beaucoup, Samia?

La question était posée et la réponse vint. Sans hésitation.

S: Oui.
A: Ah...
S: Comment pourrait-il en être autrement? Il est impossible de partager les expériences que nous avons vécues sans rester très proches l'un de l'autre.

Le jeune homme semblait anéanti.

S: Si vous voulez savoir si je retournerais vivre avec lui...

Le « non » qu'elle avait l'intention de prononcer ne put franchir ses lèvres. Samia se maudit pour cette subite hésitation; il ne méritait pas son incertitude.
Elle continua d'une voix ferme.

S: Je ne crois pas.

Ce n'était pas la réponse qu'il souhaitait entendre, elle le savait bien, mais elle ne pouvait lui offrir mieux.



Malgré la musique, le trajet de retour parut à Samia silencieux et tendu.

A: Dois-je vous déposer chez vous?
S: Pouvons nous aller chercher Tessa d'abord?

Il soupira d'un air contrarié.

A: Vous savez, Samia, votre vie semble vraiment un peu trop associé à celle de Jean-Paul. Que suis-je censé conclure?

Il y a seulement quelques jours, Samia se serait empressée de le rassurer. Toutefois, elle se sentait peu encline à s'excuser des bouleversements que l'arrivée de Tessa avait provoqués dans sa vie. Et, pour une fois, elle allait se faire plaisir : elle mourrait d'impatience de montrer à la fillette les poupées et l'ours en peluche qu'elle avait dénichés.
Ils s'arrêtèrent devant la maison, et Samia se hâta de descendre.

S: Je vais la chercher.

A sa grande consternation, le Docteur lui emboîta le pas au lieu de jouer au chef d'orchestre, et la suivit dans l'allée menant au jardin d'où leur parvenait de joyeuses exclamations.
Elisabeth, Tessa et Boher étaient assis autour d'une petite table, sur laquelle se trouvaient un plateau plein de cookies et une cruche de limonade glacée. Samia remarqua qu'il mangeaient et buvaient dans de la vaisselle de poupée en plastique, et ne put s'empêcher de sourire en voyant une tasse minuscule dans la grande main de Boher.
La conversation s'interrompit quand le petit groupe les aperçut. Samia traversa la pelouse pour les rejoindre, Alexis sur les talons.
Boher posa sa tasse, se leva et croisa les bras. Les sourcils froncés, il arborait la mine sévère du policier en service, comme s'il avait affaire à un suspect et non à l'un des notables de la ville.
Alexis s'approcha et tendit la main.

A: Docteur Alexis Keller. Mes amis m'appellent Lexis.

Lexis? Samia le dévisagea stupéfaite. Jamais personne ne l'appelait ainsi et, personnellement, elle n'y avait pas été conviée. Elle se sentit soudain agacée. D'abord, il essayait d'impressionner Boher en se présentant en tant que médecin, et ensuite il prenait un ton condescendant pour laisser entendre qu'il était cool. Lexis, sans blague!
Boher répondit d'une voix glaciale.

B: Docteur Keller.

Samia présenta Alexis à Elisabeth. Il la salua d'un ton bref, manifestement pressé de repartir.

A: Enchanté. Bien. Sommes-nous prêts à rentrer?
E: Oh non! Tessa n'a pas fini de planter son petit jardin. Mais vous pouvez y aller. Jean-Paul la ramènera plus tard.

Tessa hocha vigoureusement la tête pour marquer son approbation.

S: En fait, je crois que je vais rester aussi. Je vais juste accompagner...euh...Lexis à sa voiture.

Celui-ci tourna les talons sans un mot et regagna sa berline. Il sortit les jouets du coffre et les déposa dans l'allée. Puis il considéra Samia d'un air chagrin.

A: Je ne vous appellerai pas. Il me semble que vous avez des décisions à prendre. Mais vous pouvez bien sûr m'appeler si vous avez besoin de moi, si vous décidez que...

Il marqua une pause.

A: Je ne suis pas d'une nature très démonstrative, Samia, et j'ai mes défauts. Je sais que je me suis conduit comme un idiot, tout à l'heure, avec votre ex-compagnon. Mais je n'avais jamais été jaloux avant...

Soudain, il la prit par les épaules et pressa ses lèvres contre les siennes. Malgré son désir de ressentir quelque chose, Samia dut se rendre à l'évidence: ce baiser la laissait désespérément froide...Rien à voir avec celui de Boher.

Quelques instants plus tard, elle remontait l'allée en fredonnant, chargée de ses cadeaux. Tessa l'aperçut et se rua vers elle, émerveillée à la vue de l'énorme ours en peluche. Elle le prit aussitôt dans ses bras, chancela, et s'écroula sur la pelouse avec lui en riant de plaisir.

B: Ah! Celui-ci au moins à des cheveux.
S: Pardon?

Boher la défia du regard.

B: Tu m'as entendu. Tu aurais pu trouver mieux qu'un doc chauve, Mia.

Samia rougit et resta momentanément sans voix.

S: Jean-Paul! Tu m'avais promis...
B: Quoi?
S: Que tu ne ferais pas cela. Que tu ne gâcherais pas ma vie.
B: Peut-être est-ce précisément ce que je veux t'empêcher de faire. Ce type est de toute évidence aussi ennuyeux que prétentieux.
S: Comment peux-tu le juger aussi vite?
B: Tu oublies que je suis flic. Je sais juger les gens au premier coup d'œil.

Il s'approcha d'un pas, elle recula.

S: Et tu oublies que je suis flic moi aussi. Jp, ton attitude d'homme des cavernes ne marchera pas. Elle ne me fera pas t'aimer de nouveau.

Il se figea comme si elle venait de le frapper. Un éclair de douleur traversa son regard, et il se détourna aussitôt.
La vérité heurta Samia avec la même violence.
Comment n'avait-elle pas compris plus tôt?
Elle n'avait jamais cessé de l'aimer.
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marion

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Date d'inscription : 11/07/2009

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 4 Avr - 22:53

quelle merveilleuse suite.
Désolée pour le toubib Alexis, mais c'est traduisible par: "ce n'est qu'un au revoir cher Doc Lexis ! "
Samia se rend compte que ses sentiments pour Boher sont toujours bien présents.
Et comment ne pas adorer la "mamie", pleine de psychologie et d'approche bon-enfant vis à vis de la gamine.
Dans un climat de gentillesse et de spontanéité, d'amour...la petite Tessa ne saurait que s'épanouir petit à petit et retrouver l'usage de la parole.
Merci pour ce long et formidable chapitre.
Merci aussi au " facteur-livreur" de service!


[i]L'amour dure autant que durent les reproches (prov arabe)
Quand on est aimé, on ne doute de rien. Quand on aime, on doute de tout (Colette)
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poucinet17

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Date d'inscription : 27/10/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 4 Avr - 23:18

J'adore Vivement la suite
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Pam

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Age : 33
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Dim 4 Avr - 23:22

j'adore

vivement la suite
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RevesBS



Age : 29
Date d'inscription : 07/11/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Lun 5 Avr - 1:01

Merci beaucoup les filles, vos messages me touchent vraiment beaucoup. Et merci beaucoup Lia. Ma connexion semble fonctionner pour le moment alors j'en profite pour vous mettre la suite.

C'était parfaitement puéril, se dit Boher, furieux contre lui même. De quel droit se permettait-il de juger l'ami de Samia? Pourquoi ne pouvait-il jamais se taire quand il le fallait?
D'accord ce type était un mollusque. Boher l'avait comprit tout de suite. Sans compter qu'il ne semblait pas aimer les enfants. Il n'avait pas prêté la moindre attention à Tessa, et fait comme si elle n'existait pas. Samia l'avait-elle remarqué? Pas sûr...Elle avait toujours eu tendance à voir le meilleur côté des gens, à leur accorder le bénéfice du doute.
Boher repensa soudain aux paroles du docteur. Mes amis m'appellent Lexis. Il avait dû réprimer son envie de lui flanquer un coup de poing en rétorquant qu'il n'était pas son ami et ne le serait jamais.
Bien sûr, il s'était contenu; mais cela ne l'empêchait pas de savoir que ce type ne convenait pas à Samia. Pas du tout.
Une pensée lui serra le cœur. Est-ce que lui, convenait à Samia? Après ce qu'ils avaient vécus, après tout ce qu'ils lui avait dit, comment Samia pourrait-elle jamais l'aimer de nouveau?
Du coin de l'oeil, il vit Samia et Tessa installer l'ours en peluche sur l'une des chaises, et pouffer de rire chaque fois qu'il piquait du nez dans la pelouse, entraîné par son propre poids.
Sa grand-mère s'était approché de lui, sans qu'il s'en aperçoive.

E: Paul, retourne donc là-bas finir ta limonade.
B: Je n'ai plus soif, merci.

Il feigna de ne pas remarquer qu'elle le regardait d'un air sévère.

E: Tu es en colère parce qu'elle a quelqu'un d'autre.

Boher se remit à creuser de plus belle. Pas question de se retourner, résolut-il. Sa grand-mère avait toujours su lire en lui. Il ne parviendrait pas à lui donner le change un seul instant.
Elle posa la main sur son bras et lui dit d'une voix empreinte de douceur.

E: Si j'ai raison, ne renonce pas sans lutter. Bas-toi!
B: J'ignore où tu veux en venir.
E: Inutile de jouer la comédie avec moi. Je sais que tu l'aimes toujours.

Il tressaillit, et continua à pelleter la terre avec une vigueur renouvelée pour dissimuler sa gêne d'avoir été percé à jour pas sa grand-mère. Malgré son malaise, une petite pensée coupable lui vint à l'esprit.
Il espéra que Samia le regardait; elle avait toujours eu un faible pour ses muscles. Il retira son T-shirt et le jeta négligemment par terre.

E: Ah! Quand même!

Boher se sentit ridicule et éprouva le besoin de se défendre.

B: Elle m'a déjà dit qu'elle n'aime pas le genre macho.
E: Vraiment? Qu'a-t-elle dit au juste?
B: Je ne m'en souviens pas.
E: Tu t'en souviens très bien.

Il émit un soupir exaspéré.

B: Bon, bon. Que mon attitude d'homme des cavernes ne la ferait pas m'aimer de nouveau.
E: Ah!

Le ton de sa grand-mère piqua sa curiosité. De toute évidence, elle n'aboutissait pas à la même conclusion que lui. Aurait-il manqué quelque chose?

E: Ce qui signifie peut-être, qu'une autre attitude aurait plus de succès?

Boher émit un grognement indistinct.

E: Ce trou est assez profond pour une piscine. Va finir ta limonade!

Il lui lança un regard noir, mais se redressa néanmoins et tendit la main vers son T-shirt. Sa grand-mère fut plus rapide que lui.

E: J'ai remarqué qu'il est taché. Je vais le laver avant que tu partes.

Vaguement embarrassé et bien décidé à ne pas le montrer, Boher retourna vers la table.

L'ours en peluche avait finalement accepté de se tenir droit sur sa chaise. Le visage de Tessa s'éclaira quand elle vit Boher s'approcher et elle s'empressa de lui servir un dé à coudre de limonade. Il ne pouvait pas la décevoir et repartir immédiatement, songea-t-il.
Levant sa minuscule tasse, il fit un clin d'œil à la petite fille et demanda avec un accent faussement snob en désignant l'ours:

B: Qui est donc ce monsieur assis là? Je ne crois pas avoir été présenté!

Tessa éclata de rire. Du coin de l'œil, Boher vis que Samia réprimait un sourire.

B: Je me demande pourquoi vous l'avez invité, chère princesse. Il n'est pas très bien élevé. Regardez! Il est tout nu et plein de poils!

Tessa gloussa de nouveau et pointa le doigt vers le torse nu de Boher. Celui-ci fit mine de baisser les yeux et de s'examiner avec stupéfaction.

B: Mon Dieu! Il semble que j'aie perdu mon T-shirt! Je ne devrais pas boire mon thé sans T-shirt en compagnie d'une princesse!

Samia s'efforçait de ne pas le regarder, feignant d'être absorbée dans la contemplation des fleurs et de ses ongles. Il roula délibérément les épaules avant de porter sa tasse à ses lèvres. Pas de doute, elle avait jeté un petit coup d'œil.
Elle rougissait.
Elle se souvenait.
Boher aurait parié que Lexis ne pouvait pas la plonger dans un tel trouble, et tant pis si c'était une pensée puérile!
Il lui jeta un regard du coin de l'œil. Elle s'humecta les lèvres et détourna les yeux aussitôt.
Il murmura à Tessa:

B: Si je ne retrouve pas mon T-shirt bientôt, j'ai bien peur qu'on ne me prenne pour un homme des cavernes!

Les lèvres de Samia tremblaient. Avait-elle envie de rire ou bien était-elle furieuse, au contraire? Boher n'aurait pu le dire.
Il continua d'une voix triste.

B: Je ne suis pas un homme des cavernes, vous savez, princesse. Je suis un homme sensible, au contraire.

Samia émit un petit reniflement de dédain.
Il la regarda droit dans les yeux pour la première fois et comprit immédiatement qu'il s'y prenait mal. Certes, sa force physique était une partie de lui qui l'avait conquise, autrefois; mais la vie avait prouvé que Samia était infiniment plus forte que lui.
La force de Samia était plus profonde et plus durable. Elle résidait dans sa capacité à comprendre, à accepter, et à exprimer ce qu'elle éprouvait.
Et s'il essayait, pour une fois? S'il essayait de lui dire ce qu'il ressentait au lieu de le lui cacher?

B: J'ai été un chevalier autrefois.

Samia ne détourna pas les yeux.

B: Peut-être le suis-je encore. Mais maintenant, je suis un chevalier sans armure.

Les mots jaillirent de sa poitrine comme s'ils attendaient depuis des mois qu'il les prononce enfin. Depuis un an.

B: Et maintenant je suis vulnérable. Et je ne sais pas comment me défendre contre les flèches et les pierres que le monde me lance.

Comment en étaient-ils arrivés là? Comment avait-il pu passer de la plaisanterie à la confession en un clin d'œil?
Les yeux de Samia se remplirent de larmes.
Il s'ordonna de reprendre un ton léger, mais il en fut incapable. Son cœur refusait de se taire.

B: Je ne suis pas du tout certain, de pouvoir conquérir la plus belle dame du royaume.

Une larme coula sur la joue de Samia. Il tendit la main et l'essuya du bout du doigt.
Tessa, consciente qu'il se passait quelque chose d'important, les regardait tour à tour, désemparée.

S: Jean-Paul, tu ne peux pas. Il est trop tard.

Pourtant, brusquement, Boher sut qu'il n'était pas trop tard, au contraire. Samia était restée avec eux, n'est-ce pas, alors même que le docteur s'attendait à ce qu'elle parte avec lui.
Il lui prit la main et l'embrassa.
A travers le rideau de ses cils, il la regarda. Elle resta un instant bouche bée, puis referma la bouche sans rien dire.
Le baiser de Boher se prolongea. Samia essaya de retirer sa main, mais il tint bon, la retourna et embrassa l'intérieur de son poignet. Sa peau était douce comme de la soie. Elle frissonna lorsqu'il atteignit son avant-bras.
Elle ne pouvait lui résister, songea-t-il avec satisfaction.
A cet instant, un jet de liquide glacé le frappa en plein visage.
Il lâcha la main de Samia et se secoua. Elle l'avait aspergé de limonade! Au temps pour lui.
Il leva les yeux, s'attendant à lire de la fureur dans son regard, mais il se trompait. Elle avait peur. Non pas de lui, mais de sa propre réaction, de sa propre passion.
Tout comme lui, elle était terrifiée à l'idée de souffrir de nouveau.
Samia voulait qu'il soit furieux contre elle pour lui avoir jeté sa limonade à la figure, qu'il la laisse tranquille. Elle ne voulait surtout pas lui montrer combien elle était vulnérable.
Comment avaient-ils pu en arriver là alors qu'ils s'aimaient tant? Se demanda Boher.
Il n'allait pas renoncer; le geste de Samia était une chose, la passion qu'exprimait son regard en était une autre.
Se penchant en avant, il s'empara d'une poignée de glaçons, tout en adressant un clin d'œil à Tessa, qui se demandait visiblement s'il s'agissait d'un jeu ou d'une querelle.
C'était un jeu.
Le meilleur jeu qui puisse exister. Entre un homme et une femme qui étaient faits l'un pour l'autre.
Boher se leva. Devinant son intention, Samia se leva à son tour, si brusquement qu'elle en renversa sa chaise.
Elle avait retiré ses sandales sous la table et était pieds nus. Sans hésiter, elle s'élança à travers la pelouse, aussi agile, aussi gracieuse qu'une biche. Comprenait-elle qu'elle s'enfuyait non pas tant à cause de lui, mais à cause d'elle même? De cette partie d'elle-même qu'elle sentait sur le point de céder?
Boher entendit Tessa éclater de rire, persuadée que Samia et lui étaient en train de jouer. Si Samia voulait être la biche, très bien. Il serait le loup. Déterminé. Agressif. Rusé.
Il la poursuivit jusqu'à la clôture, la piégea dans un coin. Elle le regarda venir, haletante, sachant qu'elle ne pourrait pas s'échapper.
Arrivé près d'elle, il posa une main sur son épaule, la plaqua contre la clôture et, lentement, laissa tomber ce qui restait des glaçons dans le sage col en V de son chemisier. Elle tenta de bouger, mais il l'en empêcha. Jusqu'au moment où il sentit quelque chose de glacé dans sa chaussette. Enfin, Samia éclata de rire, cédant à l'attraction du passé, au souvenir d'un temps où après leurs innombrables disputes, les rire et les jeux emplissaient leurs jours.
Boher baissa les yeux. Tessa était là, fourrant des glaçons dans ses chaussettes, riant aux éclats.
Feignant d'être furieux, il se lança à la poursuite de la fillette. Samia se mit à courir en direction du tuyau d'arrosage. Au moment où il soulevait Tessa dans ses bras, un jet d'eau froide fouetta son dos nu. Déposant l'enfant, il se tourna et décocha un regard théâtral à Samia. Puis il avança droit vers le jet, tandis que l'eau dégoulinait sur son torse. Lorsqu'il la rejoignit, il reprit le tuyau des mains de Samia qui s'enfuit et se cacha derrière Tessa. Boher orienta le jet au-dessus de la tête de l'enfant, savourant le spectacle du chemisier trempé de Samia, devenu transparent à souhait, laissant voir clairement la forme de son soutien-gorge en dentelle. Elle tenta de courir, dérapa et s'affala sur l'herbe mouillée et la terre fraîchement retirée du trou qu'il avait creusé.
Il se dirigea vers elle alors qu'elle essayait de se relever, couverte de boue des pieds à la tête.

B: Laisse-moi t'aider.

Pour toute réponse, Samia lui saisit la cheville, aidée par Tessa, qui arrivée par-derrière, venait à sa rescousse.
Il s'effondra sur elle, entraînant la fillette à sa suite. Ils roulèrent tous les trois dans la boue, avant de se redresser en même temps, hors d'haleine, et de céder à un irrésistible fou rire.
Elisabeth apparut sur le seuil, les mains sur les hanches.

E: Ah! Voilà qui est mieux!

Boher eut soudain l'impression d'avoir retrouvé le bonheur. Si seulement cet instant pouvait durer toujours...Toutefois, il savait que c'était impossible. Rien ne dure toujours.
Sa grand-mère confirma ses craintes.

E: Jean-Paul, on te demande au téléphone. Le commissariat.

Il s'arracha à regret de le chaleur de leur petit cercle. C'était son jour de congé, mais le commissaire était partit plusieurs jours, et en son absence il était le plus gradé, si on l'appelait, cela ne pouvait signifier qu'une chose: il y avait une urgence.
Il ne se trompait pas. Un accident s'était produit sur la route principale. On comptait un mort et un blessé grave. Une histoire de conduite en état d'ivresse.



Après une douche rapide, il se rendit sur les lieux. Sur place, ses collègues avaient déjà fait tout ce qui pouvait l'être.
Au lieu de prendre le contrôle des opérations, il se porta volontaire pour aller avertir la famille de la victime, tâche ingrate et redoutée entre toutes. En chemin, il consulta sa montre. Il ne rentrerait pas à temps pour retourner jouer dans la boue. Ni même pour border Tessa.
Une fois arrivé à sa destination, une petite maison semblable à celle de sa grand-mère, il coupa le contact et posa la tête sur ses poignets, les mains sur le volant. Peu importait depuis combien de temps on faisait ce métier: ce genre de travail ne devenait jamais plus facile.
Enfin, il descendit de voiture et remonta de l'allée. Après avoir frappé à la porte, il ajusta sa cravate, se redressa, et prit une profonde inspiration.
La porte s'entrouvrit sur une vieille dame, nerveuse à l'idée d'ouvrir à un inconnu.

B: Madame Devos, c'est mois, Jean-Paul Boher. Vous connaissez ma grand-mère.

Il vit que l'uniforme la rassurait et l'inquiétait à la fois. Elle savait bien qu'un policier ne venait pas frapper chez elle sans raison. Une expression effrayée traversa son visage.

B: J'ai peur d'avoir de mauvaises nouvelles.

Autrefois, quand il était tout jeune policier, il aurait balbutié ce qu'il avait à dire et se serait enfui.
Plus maintenant. La vieille dame chancela, une main sur la bouche, les yeux écarquillés par l'angoisse. Il la prit par les épaules et la guida doucement vers le canapé sur lequel elle s'asseyait sans doute chaque jour depuis plus de cinquante ans, aux côtés de son mari, cet homme dont il venait lui annoncer la mort.
Elle s'assit et il prit place près d'elle. Il lui expliqua pourquoi il était venu. Ils restèrent immobiles un long moment et soudain, elle se mit à sangloter sans bruit. Il posa la main sur la sienne.
Il ne partit qu'une heure plus tard. Elle avait des questions à lui poser, auxquelles il répondit patiemment, bien qu'elle les ait déjà posées plusieurs fois. Il lui prépara du thé, téléphona à sa sœur, attendit l'arrivée de celle-ci.
Il descendait les marches quand Madame Devos sortit sous son porche et le rappela de sa voix tremblante.

M: Brigadier?
B: Jean-Paul.
M: Merci d'être resté. Et de m'avoir tenu la main.
B: Si je peux faire quoi que ce soit...
M: Vous êtes un bon garçon Jean-Paul Boher. Cette ville a de la chance de vous avoir.



Boher songea à ces paroles en entrant dans son bureau. Quand avait-il changé, exactement? A quel moment l'homme impatient et impulsif qu'il avait été s'était-il transformé en homme plus calme, capable de compassion envers les autres?
Samia n'y était pas étrangère, c'était certain, il n'avait plus était le même depuis le jour de leur rencontre, mais il savait qu'elle n'était pas la seule raison, ce qu'ils avaient vécus, ces derniers mois, l'avaient changé à tout jamais.
Soudain, il remarqua une enveloppe brune près du téléphone.
Les résultats des tests ADN.
Il l'ouvrit non sans hésitation et parcourut rapidement le rapport des yeux.
Tessa n'était pas sa fille.
Un soulagement intense l'envahit, auquel succéda immédiatement une grande tristesse, une terrible déception. Il se rendit alors compte qu'une partie de lui désirait désespérément que Tessa soit sa fille, qu'il ait ainsi l'excuse d'aimer de nouveau, de courir le risque terrible de s'attacher à une autre personne.
Et puis, s'il avait été le père de Tessa, il aurait eu quelque chose que Samia et lui auraient pu partager, quelque chose qui aurait pu les rapprocher.
Les paroles de sa grand-mère lui revinrent en mémoire. S'il voulait reconquérir Samia, il devait accepter de se battre.
Seulement...la méritait-il vraiment?
La sonnerie du téléphone interrompit des pensées. C'était sa grand-mère. Il jeta un coup d'œil à l'horloge; il était plus de 23 heures.

B: Que fais-tu encore debout à cette heure-ci? Quelque chose ne va pas?
E: Non, non. Je voulais juste te dire quelque chose. Tessa m'a parlé, aujourd'hui.
B: Quoi? Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé plus tôt?
E: Parce qu'elle a dit que c'était un secret. Je ne pouvais pas révéler son secret devant elle. Je ne sais même pas si j'ai raison de t'en parler maintenant. Elle m'a fait confiance.
B: Tu dois me le dire!
E: Oh! Ne joue pas au méchant policier avec moi. Je te le dis parce que j'ai confiance en toi, pas parce que tu me donnes des ordres.

Il ravala sa réplique et attendit.

E: Tessa m'a expliqué que sa mère est très malade. Qu'elle va aller au ciel. Et qu'elle t'a choisi pour la remplacer.
B: Qui m'a choisi? La mère ou Tessa?
E: La mère.
B: Comment me connaissait-elle?
E: Tessa n'a rien dit à ce sujet.

Boher laissa échapper un juron, au grand dam de sa grand-mère.

B: T'a-t-elle dit autre chose? D'où elle était? Son nom de famille?
E: Non. Elle a dit que sa mère lui a recommandé de faire attention à ce qu'elle disait, et elle avait si peur qu'elle a décidé de ne pas parler du tout.

Boher éprouva un élan d'admiration pour l'enfant. Quelle force de caractère! Songea-t-il. Prendre une décision aussi difficile et s'y tenir...

B: As-tu posé des questions?
E: Non.
B: Pourquoi pas?
E: Parce que la confiance est une chose fragile, Paul. On ne peut pas la brusquer. Il faut être patient.

Il ne put s'empêcher de se demander si elle faisait allusion à quelqu'un d'autre que Tessa.

B: Tu as raison.


Dès qu'il eut raccroché, il chercha sur son bureau le portrait robot de la femme qui avait accompagné Tessa au train et se dirigea vers le fax. Il envoya un exemplaire de la photo à chaque hôpital de Lyon et ses environs.
Puis, enfin, épuisé, il rentra chez lui et se coucha.
Étendu dans son lit, il se demanda si sa relation avec Samia aurait tourné autrement s'il avait appris plus tôt à partager, à ne pas garder tout pour lui.
Pour la première fois depuis très longtemps, Boher s'endormit sans difficulté et rêva d'un monde magique peuplé par deux visages rieurs et maculés de boue.
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lucky

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Lun 5 Avr - 3:49

C'est encore un grand plaisir de te lire.
Enfin Boher commenc à se livrer à Samia, à demi mots,
mais il se livre, il lui fait comprendre qu'il a des faiblesses,
que désormais sont chagrin il veut le partager avec elle,
avec la femme qu'il aime. A travers ces mots, il lui dit
qu'autrefois, il ne dévoilait rien, ni sa tristesse, ni ses peurs,
mais que maintenant il n'a plus d'armure, maintenant il est prêt
à se livrer à tout lui dire, à tout lui faire comprendre et enfin
à lui dire les sentiments qu'il ressent pour Samia. Il aime
Tessa énormément, elle a eu le don de lui rendre son sourire.
Il voulait être son père, il veut être le père de Tessa,
parce qu'il s'est beaucoup attaché à elle, parce qu'il
pensait ne plus jamais pouvoir aimer quelqu'un comme il aime
Samia. Il retrouve espoir, il retrouve la force de reconquérir
celle qu'il aime. Si il veut retrouver Samia, à mon avis,
il va falloir qu'il se livre à elle, qu'il lui explique
toutes ces douleurs, toutes ces souffrances, toutes ses angoisses
et toutes ces peines. Il faudra qu'il soit complètement sincère
avec elle, et là, il pourra envisager de revivre une histoire
d'amour avec Samia.

Merci encore une fois pour ces merveilleuses suites.
C'est brillant comme toujours, j'ai déjà hâte de lire
une autre suite.

J'adore cette fic, passionnante, belle et émouvante.

bravo respe
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Lun 5 Avr - 19:05

prosterne J'adore! C'est vraiment magnifique et superbement écrit. Je suis impatiente de découvrir la suite.
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amatxi
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Lun 5 Avr - 22:55

c'est toujours aussi bien ecrit et décrit .
j'atttends chaque fois la suite avec impatience ton histoire est reposante par rapport à celle que l'on vit dans la tv ....
elle est comme cette mamy que tu nous dessines....on se sent bien !


quand on est aimé on ne doute de rien ,quand on aime on doute de tout.
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Nanou

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Mar 6 Avr - 16:17

C'est un délice de lire ta fic
vivement la suite
supplication


chouchou para sempre

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tam



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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Mar 6 Avr - 16:23

j'adore...encore encore
ma fic préférée en ce moment
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marion

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Mar 6 Avr - 23:57

prosterne
je suis en admiration devant tant de gentillesse, des petites choses simples de la vie qui me fait penser que nous vivons dans un monde de fou, où il faut que tout aille vite, du rendement sans scrupule et respect. Là, ils prennent le temps, de "jouer" comme pense Tessa, de jardiner calmement, un retour aux choses essentiels (les gens, la relation, la nature, la sincérité)
J'aime vraiment bien cette petite fic


[i]L'amour dure autant que durent les reproches (prov arabe)
Quand on est aimé, on ne doute de rien. Quand on aime, on doute de tout (Colette)
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RevesBS



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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 1:58

Encore une fois merci pour tous vos coms, qui me touchent énormément.

Samia se sentait curieusement agitée. Une énergie fébrile bouillonnait en elle, qui s'était libérée à l'instant où Boher avait retiré son T-shirt pour pelleter la terre, et révélé le jeu familier de ses muscles.
Quand à ses paroles, elles l'avaient troublée davantage encore.
J'ai été un chevalier autrefois. Et peut-être le suis-je encore. Seulement, maintenant, je suis un chevalier sans armure.
Heureusement, Tessa dormait dans la chambre d'amis, songea-t-elle. Si la petite fille n'avait pas été là, elle aurait peut-être cédé à la tentation d'aller rejoindre Boher, d'aller en pleine nuit chercher la passion que lui seul avait pu éveiller en elle.
Elle sentit le désir l'envahir au souvenir de leur étreintes. Chaque parcelle de son corps en éveil, le cœur battant la chamade, ce fut comme si elle éprouvait de nouveau la sensation grisante d'être en harmonie avec la vie, au chaud et en sécurité entre les bras de Boher.
Peut-être cette fois puiserait-il en elle ce qu'elle avait toujours voulu lui donner: sa force, sa compassion, sa compréhension.
Samia se secoua, entra dans la cuisine et se servit un thé. Elle se rappela sévèrement à la raison: elle avait changé.
A présent, elle était une femme qui buvait du thé avant de s'endormir, et non plus une femme qui s'endormait parce que sa passion avait été satisfaite. Elle était une femme qui allait enfiler son pyjama en coton et lire un ou deux chapitres d'un roman d'amour pour compenser le vide qui régnait dans sa vie.
Elle s'assit dans un fauteuil et but une gorgée de son thé. Elle s'était brûlée les ailes une fois déjà. Mieux valait lire des histoires d'amour dans les livres: c'était moins dangereux. Infiniment moins.
Ce qu'elle désirait par-dessus tout à présent, c'était la tranquillité, la sécurité.
Du moins en était-elle encore convaincue la semaine dernière. Pourquoi soudain cette perspective lui semblait-elle à peu près aussi excitante qu'un vieux crachoir en bronze?
Comme pour donner plus de force à son affirmation, elle s'exclama à haute voix, fermement:

S: Non, je n'ai pas changé d'avis.

Et pourtant...Pourquoi dans ces conditions, n'avait-elle pas protesté quand Alexis avait dit qu'il ne lui téléphonerait pas? Pourquoi ne l'avait-elle pas laissé la raccompagner? Pourquoi était-elle restée chez Elisabeth Boher alors qu'Alexis était là?
Pourquoi avait-elle joué? Joué jusqu'à être hors d'haleine, jusqu'à ce que sa chemise mouillée lui colle à la peau?
Elle but une autre gorgée de thé et sourit au souvenir de la joie qu'elle avait ressentie à courir dans le jardin, poursuivie par Boher. Il avait toujours été ainsi, songea-t-elle. Avec lui, la vie quotidienne devenait imprévisible, excitante.
Un gémissement s'échappa de ses lèvres. Gênée de s'être ainsi laissé aller, Samia se leva et alluma la radio, déterminée à ne pas céder de nouveau à la tentation du souvenir.
Un peu de musique ferait l'affaire, apaiserait le tumulte de ses émotions, lui ferait oublier la terrible vérité qui la hantait: elle n'avait jamais cessé de l'aimer et elle ne cesserait sans doute jamais...Le choix d'aimer Boher ou non ne semblait pas lui appartenir. C'était un fait, tout simplement.
En revanche, elle pouvait décider de ne pas céder à son amour pour lui, comme elle l'avait si longtemps fait par le passé.
Interrompant ses pensées, la radio diffusa un flash d'informations. Il était question de l'accident sur les lieux duquel Boher avait été appelé d'urgence. Le journaliste rapporta qu'une personne était morte et une autre grièvement blessée.
Pauvre Boher! Arraché à la magie de l'après-midi ensoleillé pour être confronté à une scène d'horreur, à la tragique réalité de vies brisées. Samia avait vu autrefois combien ces moments l'affectaient. Il n'en parlait jamais, mais elle devinait ce qui s'était passé en le voyant, les yeux voilés, distants, le corps tendu par l'effort de dissimuler la douleur.
Contrairement à elle qui en éprouvait à chaque fois le besoin, il ne s'étendait jamais sur ce dont il avait été témoin. Il se bornait à résumer les faits en deux mots. Accident. Vol à main armée. Lorsqu'elle n'était pas avec lui sur les lieux, elle découvrait les détails par des collègues, en lisant les rapports, ou lorsqu'elle était en congé, en ouvrant les journaux, comme tous les autres habitants de la ville.
Dans un éclair de lucidité, elle comprit l'erreur qu'elle avait commise en le laissant affronter seul ses démons. Elle ne l'avait pas forcé à partager sa souffrance, elle l'avait laissé croire qu'il la protégeait par son silence.
A présent, dans la chaleur de sa cuisine, sirotant son thé chaud, Samia prenait conscience que leur couple s'était désintégré à cause de ces moments-là.
Quand la tragédie était survenue, Boher avait tenté de la surmonter comme il l'avait toujours fait.
Seul.
En se repliant sur lui-même. En excluant Samia. Essayait-il de la protéger, là aussi?
Un léger coup frappé à la porte la fit sursauter.
Son coeur s'affola. Serait-il venu partager sa souffrance, finalement? Le doux souvenir de cet après-midi l'avait-il affecté autant qu'elle?
La gorge serrée, elle se hâta vers la porte et s'efforça de masquer son impatiente en l'ouvrant. Puis de masquer sa déception en découvrant qu'Alexis se tenait sur le seuil, et non Boher.

A: J'ai vu de la lumière. Je reviens des urgences. Il y a eu un terrible accident.
S: Je sais.
A: Ah! Oui je suppose que vous êtes au courant.

La froideur de sa voix indiquait qu'il supposait qu'elle tenait ses informations Boher. Samia aurait pu le détromper, mais elle s'en abstint. Pour une femme qui prétendait désirer par-dessus tout la tranquillité et la sécurité, elle vivait de plus en plus dangereusement, songea-t-elle.

A: Je ne vais pas pouvoir m'endormir tout de suite, et je me suis souvenu que certains de mes CD étaient ici. Cela vous ennuie si je les reprends?
S: Pas du tout.

Elle s'effaça et le laissa entrer.

S: ça va?
A: Vous voulez parler de la conversation que nous avons eue cet après-midi?
S: Non. De l'accident.
A: Oh ça! Bien sûr. C'est toujours pénible, évidemment, mais j'ai toujours réussi à garder un certain détachement. Il le faut. Autrement, on deviendrait fou.

Elle le dévisagea avec attention. Il disait la vérité. Hormis le fait qu'il avait besoin de se détendre pendant quelques heures en écoutant de la musique, il ne serait pas affecté à long terme par ce qu'il venait de voir.
Il était ironique qu'Alexis, cet homme si doux, avec des yeux pleins de gentillesse, que l'on aurait pu croire vulnérable, soit capable de surmonter sans difficulté les scènes d'horreur auxquelles il devait faire face.
Paradoxalement, Boher n'était jamais parvenu à acquérir le détachement dont parlait Alexis. Certes, il donnait l'impression de garder son sang-froid en toutes circonstances mais, en réalité, il était déchiré par ce qu'il vivait. Sa nature passionnée lui interdisait l'indifférence...
C'était cela qui le faisait tant souffrir.
Dire qu'elle aurait pu l'aider! Songea Samia, envahie par le regret, tandis qu'elle suivait son visiteur dans le salon.
Alexis tria ses CD sans dire un mot, puis jeta un regard d'envie vers la chaîne stéréo qu'il l'avait aidée à choisir.

A: Je sais que c'est délicat, Samia, mais cela vous ennuierait-il si...

Il s'interrompit.

A: Non. Cela ne fait rien. C'était une idée tout à fait déplacée.
S: Je doute que vous soyez capable d'avoir des idées déplacées. Dîtes moi.
A: Eh bien...Je me demandais si cela vous ennuierait si j'écoutais quelques disques ici. Les aigus sont superbes, sur votre stéréo. Bien supérieurs à ceux que j'obtiens sur la mienne. J'utiliserai le casque.

Elle le regarda un instant en réprimant un sourire. Son amoureux éconduit arrivait à minuit et s'intéressait à sa chaîne stéréo? Comment en était-elle arrivée là?
Finalement, elle avait trouvé un homme capable de contrôler sa passion. A moins qu'il n'ait jamais su le sens du mot...
La vie pouvait être trop tranquille, songea Samia. Trop sûre. Qui aurait cru que le Docteur Keller serait un envoyé du ciel?

S: En fait, Alexis, vous me rendez service. J'ai quelque chose à faire ce soir, et je ne peux pas laisser Tessa toute seule.
A: Quelque chose à faire? En pleine nuit? Vous?

Samia réprima un autre sourire. Non, il ne la connaissait pas. Pas du tout. Un seul homme la connaissait véritablement.

S: C'est une urgence. Quelqu'un a besoin de moi.

Il lui décocha un long regard soupçonneux, puis ajusta le casque sur ses oreilles, alla s'asseoir sur le canapé et ferma les yeux.

A: Tessa ne risque pas de se réveiller, je suppose?
S: Je ne crois pas, non.
A: Allez-y, alors. Peu m'importe, après tout.
S: Je n'en aurai que pour une heure. Merci.

C'était de la folie, elle le savait. Complètement insensé! Mais elle s'était montré raisonnable pendant trop longtemps et la raison ne lui avait pas apporté le bonheur, loin s'en fallait. Non, elle voulait être avec Boher. Elle voulait prendre sa douleur et la partager avec lui.
Elle avait besoin d'être avec lui.
Après avoir enfilé un pull léger sur son jean et son débardeur, elle sortit. La nuit était magnifique et parfumée, le ciel sombre constellé d'étoiles brillantes.
Elle prit une profonde inspiration, puis s'installa au volant de sa voiture.
Les doutes l'assaillirent alors qu'elle s'engageait sur la route principale. Qu'était-elle en train de faire? Que se passerait-il si elle n'avait pas la moindre idée de qu'elle pourrait dire en arrivant? Si Boher la renvoyait?
Aucun de ses doutes ne lui fit rebrousser chemin. Elle savait qu'il habitait un petit chalet en dehors de la ville, au bord de la rivière. Autrefois, ils avaient rêvé de le restaurer ensemble, d'aller y passer leurs étés.
Après avoir traversé la ville déserte, elle finit pas trouver le chemin cahoteux menant au chalet. La voiture de Boher était garée devant, mais il n'y avait aucun bruit, aucune lumière, aucun mouvement.
Elle descendit de voiture, referma sa portière et demeura immobile, respirant profondément. La rivière avait une odeur particulière, propre et mystérieuse à la fois. La lune était pleine. Cela expliquerait-il son accès de folie?
Elle devait se reprendre, se dit-elle. Remonter en voiture et retourner chez elle.
Au lieu de le faire, elle se tourna vers la maison et gravit les marches. Devait-elle frapper? Instinctivement, elle posa la main sur la poignée. La porte s'ouvrit en grinçant.
Un policier qui ne fermait pas sa porte à clé! Étouffant un petit rire nerveux, Samia entra dans la cuisine, et appela Boher doucement, alors que ses yeux s'accoutumaient à l'obscurité.
Le chalet était exactement tel que dans ses souvenirs, sauf que le voir à présent l'emplissait de tristesse. Comment Boher pouvait-il vivre ainsi, dans un lieu si impersonnel? Ni tapis, ni photos, ni même ses petites voitures! Pour tout mobilier, la pièce ne contenait qu'une cuisinière, un réfrigérateur, une petite table encombrée et une seule chaise.
Une seule. N'avait-il jamais de compagnie? Un collègue de travail? Une femme?
Elle se surprit égoïstement à espérer que non; que comme elle, il n'avait jamais partagé son lit avec personne d'autre.

S: Jean-Paul?

Dans le silence, elle entendit sa respiration, profonde et régulière. Elle se faufila dans la chambre adjacente et s'immobilisa sur le seuil. Par la fenêtre ouverte, le clair de lune entrait à flots dans la pièce, illuminant la silhouette de Boher, un drap en désordre autour de lui, la couverture par terre.
Il dormait sur le ventre, la tête au creux de son coude droit. Une mèche rebelle se détachait de ses cheveux ébouriffés, que Samia eut aussitôt une envie folle d'aller caresser.
Cependant, elle ne bougea pas. Elle le buvait des yeux. Il ressemblait à une sculpture grecque, les contours de son corps dessinés par le clair de lune, le visage plongé dans la pénombre.
Samia avait l'impression qu'elle aurait pu rester là pour toujours, à contempler ses traits d'une beauté virile, ses cils longs et soyeux, sa bouche sensuelle.
Au bout d'un très long moment, elle se força à détourner les yeux et regarda autour d'elle. Comme la cuisine, la chambre était nue, dépourvue de tout ornement, de tout touche personnelle. Un tas de linge sale était posé dans un coin de la pièce, sur lequel était posé le jean maculé de boue de cet après-midi.
Comment avait-elle pu l'abandonner à une vie pareille? Le laisser vivre dans une telle prison de solitude?
Elle avait fait des efforts, se souvint-elle. Elle avait fait de son mieux pour essayer d'abattre le mur qu'il avait dressé autour de lui; elle avait tenté de lui apporter son soutien.
Malheureusement, il s'était détourné d'elle. Il avait trouvé son réconfort dans l'alcool et dans la solitude, au lieu de le puiser en elle.
La douleur qu'elle avait ressentie alors la frappa de nouveau, avec la même violence.
Toutefois, en le regardant, étendu là immobile, dans cette chambre sinistre, elle sut aussi que la douleur qu'il lui avait causée n'était rien en comparaison de celle qu'il avait éprouvée lui-même.
Lentement, elle s'approcha du lit et remonta le drap sur lui. Puis elle ramassa la couverture tombée sur le sol et la posa aussi sur lui, même s'il paraissait indifférent à la fraîcheur de la brise nocturne.
Il continua de dormir.
Samia le contempla longuement. Pourquoi au juste était-elle venue? Se demanda-t-elle. Et qu'allait-elle faire, à présent?
Le désir d'être près de Boher ne tarda pas à l'emporter sur la confusion.
Prenant une profonde inspiration, elle enleva ses chaussures et se glissa sous le drap. Elle sentit la chaleur de Boher tandis qu'elle se nichait contre lui et qu'il l'entourait d'un bras protecteur, comme s'ils ne s'étaient jamais quittés.
Elle savoura son odeur masculine, la douceur soyeuse de sa peau et ferma les yeux. Elle ne resterait que quelques minutes; elle ne le réveillerait pas. Dans un instant, elle aurait repris ses esprits et rentrerait chez elle.
Il ne saurait jamais qu'elle était venue, que le clair de lune avait provoqué ce bref moment de folie.
Un moment délicieux.



B: Mia?

Samia ouvrit brutalement les yeux. Le soleil entrait à flots dans la chambre. Appuyé sur un coude, Boher la regardait, à demi éveillé, l'air perplexe.
Boher le matin...Le visage couvert d'une barbe naissante. Sa peau cuivrée sur le drap blanc. Musclé et magnifique.
Elle se penchait déjà vers lui quand elle se reprit et recula. Juste à temps.
Elle bondit hors du lit.

S: Mon Dieu!

Elle cherchait fébrilement ses chaussures, passant ses doigts dans ses cheveux emmêlés, évitant son regard.

B: Mia, que fais-tu ici?

Sa voix était rauque et sensuelle, lourde de sommeil. Un frisson de tentation parcourut le dos de Samia.
Pourquoi ne paraissait-il pas choqué? Fâché? Pourquoi donnait-il l'impression de ne pas être vraiment étonné, comme s'il s'était attendu à ce qu'elle vienne?

S: Je suis venue te dire que je me marie.

Elle avait balbutié, consciente qu'elle disait n'importe quoi pour tenter de s'échapper, d'échapper au charme qui émanait de lui.
Il la fixa un instant.

B: Et que penserait ton fiancé de la façon dont tu as passé la nuit? Dans mon lit?
S: C'était un accident! Je suis venue te le dire, et tu dormais, et...

Sa voix s'étrangla. Elle devait s'en aller! Elle ne savait pas mentir, et était en train de se rendre ridicule. Elle se tourna, mais ne fut pas assez rapide.
Son poignet était pris dans un étau d'acier et Boher l'attirait à lui.
Samia se rassit, puis fit mine de se relever: mais il était déjà à ses côtés et lui entourait le visage de ses mains.
Elle était libre, elle aurait pu se lever et s'enfuir, mais elle n'en fit rien. Plongeant son regard dans le sien, cédant à l'élan de son cœur, elle soupira et murmura enfin:

S: Embrasse-moi, Jp.

Il prit possession de ses lèvres, en l'attirant plus près de lui. Samia ne sut plus si c'était la rivière qu'elle entendait ou le sang qui se précipitait à ses tempes. Elle ne pouvait plus penser à rien et savourait le bonheur de sentir les lèvres de Boher sur les siennes, soudain consciente qu'elle attendait ce moment depuis des mois.
Il l'embrassa dans le cou, à cet endroit secret connu de lui seul, et à quelques centimètres de son oreille, lui souffla:

B: Pourquoi es-tu venue?
S: Je vais me marier.
B: Non. En tout cas, pas avec ton docteur chauve.

Cela signifiait-il qu'il envisageait de lui demander de l'épouser, lui? Oh! Seigneur! C'était impossible, se dit-elle. Et pourtant, comment vivre sans Boher?
Comment avait-elle pu vivre tout ces mois sans lui?
C'était comme si elle était la Belle au bois dormant, qui n'attendait que d'être ramenée à la vie par un baiser de son prince. Son chevalier.
Il s'écarta légèrement.

B: Pourquoi es-tu venue?
S: Je...je ne pouvais pas dormir, hier soir. Je...je suis venue parce que...je voulais te demander quelque chose au sujet de Tessa.
B: Vraiment?

Boher sourit, et Samia sut qu'il n'en croyait pas un mot. Il déposa un tendre baiser sur sa joue.

S: J'ai entendu parler de l'accident à la radio. Je m'inquiétais pour toi.
B: Tu t'inquiétais pour moi, Mia? Pourquoi? Je n'étais pas mêlé à l'accident. Je n'ai fait que m'occuper des conséquences.

Décidément, rien n'avait changé, se dit-elle. Il la tenait à distance, comme par le passé.

S: Il faut que je m'en aille.

Elle savait que ce n'était pas possible avant qu'il en ait décidé ainsi. Avant qu'il ait fini de l'embrasser, de la caresser.

B: J'ai dû annoncer la nouvelle à Catherine Devos.

Samia leva les yeux vers lui, traversée par une lueur d'espoir.

B: Elle a le même âge que ma grand-mère. Elle est frêle comme un moineau et j'ai dû lui dire que l'homme qui partageait sa vie depuis cinquante ans ne rentrerait pas à la maison.
S: Oh! Jean-Paul!

Il ne se détourna pas. Au contraire, il la regarda dans les yeux.

B: C'était dur.

La sonnerie du téléphone retentit.

B: Ne fais pas attention à ça.
S: Tessa! J'ai laissé Alexis avec Tessa. Oh! Mon Dieu, il doit être complètement affolé! Il a sans doute appelé le commissariat pour signaler que j'avais disparu!

Sans la quitter des yeux, Boher roula sur lui-même et tendit la main vers le téléphone.

B: Oui? Ne t'en fais pas, grand-mère, elle est ici. Oui, je m'en souviendrai.

Il raccrocha.

B: Ton ami le docteur a déposé Tessa chez ma grand-mère. Elle voulait me dire que tu avais disparu. Elle n'en parlera à personne d'autre.

Il marqua une pause, puis dévisagea Samia avec attention.

B: Il passe souvent la nuit chez toi?
S: Non! Et d'ailleurs, cela ne te regarde pas! Oh! Mais où avais-je la tête?

Les yeux de Samia s'abaissèrent jusqu'aux lèvres de Boher.

S: Il faut que je m'en aille, Jean-Paul. Il le faut. Tout de suite!

Avant qu'elle ne commette une folie de plus, songea-t-elle.
Boher tapota le lit. Au lieu de s'en aller, elle alla s'asseoir près de lui, bien droite, en prenant soin de ne pas le toucher, de ne pas regarder son torse nu à quelques centimètres d'elle.

S: Qu'a dit ta grand-mère? Que pensait-elle du fait que je sois ici?
B: Si elle en a pensé quoi que se soit, elle ne m'en a rien dit. Ce qui devrait t'inquiéter, c'est ce que je pense, moi.
S: Oh...

Il se tourna vers elle et leurs épaules se touchèrent. Samia eut l'impression de recevoir une décharge électrique dans les veines. Les lèvres de Boher se posèrent sur son cou.

B: Je pense, moi, que tu es venue pour ceci.

Sur ce, il l'embrassa. Ce n'était pas seulement un baiser passionné. Il se livrait tout entier à elle par ce baiser et une joie intense submergea Samia. Toute sa solitude prenait fin à cet instant, toutes ses blessures étaient miraculeusement guéries. Elle se sentait enfin entière.

Le téléphone sonna de nouveau.

S: Ne réponds pas.
B: J'y suis obligé. C'est ma ligne directe avec le commissariat. Ce soit être quelque chose d'important.

Rien au monde ne pouvait être plus important que le moment qu'ils étaient en train de vivre, songea Samia, imaginant qu'il s'agissait d'une bagarre ou d'un vol à main armée. Elle soupira et le laissa se dégager.
Quand il reposa l'appareil, elle sut qu'ils ne pourraient pas reprendre leur conversation là où ils l'avaient interrompue. Boher avait repris son air dur, distant.

B: Il faut que je partes.

Après une hésitation, il ajouta:

B: On a retrouvé la mère de Tessa.

Samia eut soudain l'impression que son univers s'écroulait. Alexis ne l'avait-il pas avertie? Ne lui avait-il pas expliqué qu'il ne s'agissait pas d'un conte de fées?
Pourquoi ne l'avait-elle pas écouté?
Pourquoi n'avait-elle pas écouté tout ce qu'Alexis avait dit? Elle ne serait pas là, à présent, à mendier des baisers. Elle serait en train d'assister à une vente aux enchères, ou d'écouter de la musique, ou de planter des fleurs dans son jardin.
Tessa partie?
Comment était-ce possible? Elle venait tout juste d'arriver...Samia comprit brusquement combien elle s'était attachée à la petite fille. Elle s'était permis de croire qu'elle pourrait être heureuse de nouveau. En regardant cette petite fille pleine de vie et de gaieté, elle s'était mise à croire aux miracles. A imaginer que Boher et elle pourraient revivre ensemble. Que l'amour pourrait dépasser leurs blessures. Que, d'une façon ou d'une autre, la fillette les réunirait...
Boher était déjà debout et enfilait son uniforme. Il s'en allait.
Il la quittait.
Il croisa son regard une seule fois et ce que Samia vit dans ses yeux avant qu'il se détourne changea le cours de sa vie.
Il avait peur!
Boher avait peur! Lui, le courage et la force personnifiés, avait peur. De quoi?
De perdre un autre enfant.
Et de la perdre elle, une seconde fois.
Ses craintes étaient les mêmes que les siennes. Comment le fait de partager les mêmes angoisses pouvait-il les séparer?
Cela s'était déjà produit une fois. Allait-elle rester à attendre que l'histoire se répète?

S: Je viens avec toi.

Il se tourna, lui jeta un bref regard, puis baissa les yeux.

B: Non.
S: Je viens avec toi.
B: J'ai dit non.
S: Tu sais, Jean-Paul, on a fait comme tu l'entendais la dernière fois, et regarde où cela nous a menés.

Leurs regards se croisèrent furtivement, et Samia comprit qu'ils partageaient une autre crainte. La crainte d'espérer.

B: Je ne peux pas t'emmener. Ce ne serait pas réglementaire.
S: Je suis peut-être en congé, mais je te rappelle que je suis flic moi aussi. Et puis, qu'as tu fait du règlement quand tu m'as emmené Tessa?

Il ne répondit pas.

S: Si nous devons la perdre, Jp, nous la perdrons ensemble. Et nous allons surmonter cela ensemble. Tu m'entends?

Elle attendit.
Il la fixa un moment, puis baissa la tête et se mit à nouer ses lacets avec application.
Et, enfin, d'une voix si basse qu'elle dut se concentrer pour l'entendre, il répondit:

B: Oui. Je t'entends.


Dernière édition par RevesBS le Jeu 8 Avr - 2:18, édité 1 fois
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amatxi
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 2:15

merci Reves ....juste merci pour le plaisir que tu me procures quand je te lies. flower


quand on est aimé on ne doute de rien ,quand on aime on doute de tout.
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marion

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 2:27

prosterne supplication love et coeur
il faut éditer une fic pareille !


[i]L'amour dure autant que durent les reproches (prov arabe)
Quand on est aimé, on ne doute de rien. Quand on aime, on doute de tout (Colette)
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lucky

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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 4:10

Encore une fois merci pour ce pur moment de délice.
Il y a un énorme contraste entre le début de cette suite et la
fin. Au début Samia se posent tout un tas de questions. Il y a
quelques temps encore, elle voulait d'une vie simple avec
quelqu'un de délicat, elle ne cherchait plus l'amour.
Ensuite Alexis arrive, et là elle comprend tout, elle comprend
qu'elle doit faire ce que son coeur lui dicte et non ce que
sa raison lui ordonne de faire. Elle a compris, que si son couple
avec Boher n'avait pas résisté à toutes ces tempêtes, ce n'était
pas seulement par rapport à lui, mais aussi par rapport à elle.
Maintenant elle sait qu'elle a été faible et qu'elle l'a laissé
faire ce qu'il voulait, qu'elle l'a laissé se renfermer sur lui
même en croyant ce qu'il disait, en croyant qu'il était muni
d'une force indestructible. Mais elle avait tord de le croire,
maintenant elle le sait. J'aime la scène ou Samia regarde Boher
dormir, et là pour la première fois, elle voit tout ce qu'il a
tenté pendant des mois de cacher, elle voit sa souffrence, ces
peurs et sa tristesse. Et enfin à la fin, Samia se dresse devant
Boher pour la première fois et l'empêche encore une fois de tout
intérioriser, elle le fait doucement lacher prise, et il
se confie à demi mots, pour une fois il a enlevé son armure
et il s'est mis à nu. Et pour la première fois, Samia a vu dans
ces yeux la même peur qui les animaient tout les deux. C'est la
première fois qu'il lui laisse lire tout cela dans ces yeux,
parce qu'il ne veut pas la perdre une autre fois, parce
qu'il l'aime plus que tout et que maintenant même timidement
il ose demander de l'aide à la femme qu'il aime.
Et puis ce qui est merveilleux, c'est que c'est désormais
ensemble que Boher et Samia vont affronter cette nouvelle
épreuve qui se met en travers de leur route, et cette fois-ci
au contraire des autres fois, ils s'en sortiront, et ils ne
se cacheront plus ce qu'ils ressentent, parce qu'ils ont tout les
deux compris qu'ils devaient tout ce confier.

J'espère qu'ils pourront garder la petite Tessa, elle est le signe
pour eux du renouveau de leur amour. Ils l'aiment tant, c'est
très touchant.

J'ai déjà hâte de pouvoir une nouvelle fois profiter de ton
talent. Cette fic est une merveille. Tu arrives à nous happer
et à nous faire vivre chacun des moments qu'ils vivent.
C'est extraordinaire. Tu as beaucoup de talent. Merci
encore pour cette suite plus qu'émouvante.
La suite, la suite, j'adore encore et toujours.

bravo respe supplication
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tam



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Age : 43
Localisation : over the rainbow
Date d'inscription : 22/06/2009

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 9:41

Superbe...
Je suis complètement accro à ton histoire.
A peine ai-je fini de lire que j'en veux encore!!
BRAVO
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Pam

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Age : 33
Localisation : yport en seine - maritime
Date d'inscription : 13/11/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 12:15

j'adore

vivement la suite
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Nanou

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Age : 59
Localisation : Lyon
Date d'inscription : 08/09/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 12:19

tam a écrit:
Superbe...
Je suis complètement accro à ton histoire.
A peine ai-je fini de lire que j'en veux encore!!
BRAVO
je suis d'accord c'est une merveille
supplication


chouchou para sempre

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minicalimero

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Age : 21
Localisation : toulon
Date d'inscription : 14/12/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 16:38

piouuuuf, c'est tellement manifique, je me pose encore des questions sur ce qui c'ets passé avant, bien que je pense avoir une petit reponse, ej ne suis sur de rien
si la mère de tessa meurt, que samia et boher renoue un lien plus fort qu'un lien d'amitié, alors ils pourront l'adotpait, la petite,
ce serai genial en tout caas!
hate de découvrir la suite
c'est un plaisir de lire ta fic
un plaisir aussi bien pour mes yeux que pour mon coeur,
bravo
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aphrodite
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Age : 44
Localisation : Val de Marne
Date d'inscription : 25/10/2008

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Jeu 8 Avr - 22:32

c'est tout simplement magnifique
samia qui a peur, qui se lance, qui craque
et boher qui fonce mais qui redevient dur
c'est tout simplement eux
il ne faut pas qu'ils perdent Tessa, ils souffriraient trop

la suite


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tam



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Age : 43
Localisation : over the rainbow
Date d'inscription : 22/06/2009

MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   Sam 10 Avr - 11:04

ah c'est insoutenable d'attendre encore et encore !
Je suis complètement accro.
La suiiiiiiite...
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MessageSujet: Re: Un enfant à aimer {Terminée}   

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